Visite d'Himalaya Creator Api Farm : Kamal Gautan
- L'Api Curieux

- 25 oct. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 7 nov. 2025

Ce matin je vais visiter une exploitation d’abeilles dans une ferme en pluriactivité à Assam Lingzey. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre. Il y a deux semaines j’ai visité une ferme du côté de Rangpo et ai été très déçu par le comportement du fermier qui était un influenceur et finalement me voyait plus comme une vache à traire que comme un cheval de laboure. Il y a des gestes qui ne trompent pas, ni des regards. J’aurais dû y être plus attentif. Mais cela reste quand même une expérience d’apprentissage sur les comportements humains et cela ne fait que confirmer ce que je pense.
Je suis de plus en plus convaincu que l’on ne peut pas « travailler » correctement avec le vivant si on ne respecte pas l’humain. La nature nous apprend l’humilité, le temps de la découverte, le temps long, la relation, l’apprentissage, l’échec, la joie. Si nous ne sommes pas capables de le vivre avec un être humain alors c’est que nous ne sommes pas capables de le vivre avec la nature. Tout ça pour dire que la personne que j’avais rencontré prétendait travailler avec les abeilles alors qu’en fait elle travaillait sur son image. Les abeilles n’étaient qu’un support pour briller tout comme je l’étais pour lui. Il en avait perdu l’essentiel ; la relation avec le vivant.
Je suis rentré en contact avec Kamal Gautam par l’intermédiaire de Rewaj Chettri que je remercie. En fait je devrais plutôt dire que c’est Kamal Gautam qui m’a contacté. Rejoindre une ferme c’est toujours un peu stressant quand on est étranger. Mais après presque un mois en Inde, je commence enfin à me relâcher. Les gens ici sont très aidant et j’ai toujours trouvé quelqu’un pour m’aider, m’indiquer une direction, l’endroit où je peux prendre un taxi collectif ou tout simplement me traduire des informations. Et puis je dois avouer que Kamal et son cousin j’ai qui je loge (Paul de « Malingo Homestay ») ont été plus que prévenants avec moi. Trouver la ferme s’est donc fait de manière très aisée.
A mon arrivée Kamal me met très vite à l’aise et m’offre une écharpe de bienvenu et me propose de goûter son miel qui pour moi me rappel la forêt, les sous-bois et ces odeurs de cuir et d’humus. Sa ferme est familiale, ils disposent de vaches, plantation de Kiwis, des céréales et des abeilles. Il s’est lancé dans l’apiculture il y a quatre ans suite à une formation et dispose aujourd’hui d’une quinzaine de ruches ; des ruches traditionnelles et modernes.
Il a une conduite de ruche moderne classique, fait du conseil, et construit lui-même ses ruches. Ce que j’apprécie chez lui c’est son engagement, son dynamisme, sa soif d’apprentissage et sa recherche d’innovation. C’est un garçon médiatiquement engagé, dans le sens où il est très présent sur les réseaux sociaux (comme beaucoup d’indiens), mais j’ai le plaisir de voir que son état d’esprit n’est pas dilué par les réseaux sociaux. Il a su construire un gros réseau autour de lui mais dans un esprit de partage et d’explication de ce qu’il fait.
Il aime les abeilles, vit en harmonie avec elles, ça se ressent et c’est agréable, et surtout il a envie d’apprendre et prend le temps d’observer ses abeilles. Dès lors notre rencontre devient réellement un temps d’échange sur les techniques, sur notre manière de travailler et ça en devient passionnant. Comment bien fixer les cires gaufrées ? Comment prélever le miel sans détruire la cire construite par les abeilles, comment attirer des essaims, comment reconnaître un bon miel ?
Très vite on se met en action et il me propose d’ouvrir ses ruches. Comme beaucoup d’apiculteurs locaux il n’utilise pas d’enfumoir. Son couvain est beau. Lors de notre visite de son rucher, on constate quand même une maladie sur ses abeilles, la mite du pollen, mais que je n’ai jamais observé en France et qui semble se traiter assez facilement. On a la chance d’observer aussi le jeune vol des butineuses. C’est assez passionnant de les voir s’envoler et revenir en ligne droite et ce de plus en plus loin pour « géolocaliser » la ruche.
Il est 12h30, soudain le ciel s’obscurcit, un nuage d’abeille se créé, le vrombissement des abeilles est assourdissant, elles volent dans tous les sens, nous frôlent, on les sent chargé d’énergie ; j’ai la chance d’assister en direct à un essaimage. Difficile de prime abord de savoir s’il s’agit d’une arrivée d’un essaim venant de la forêt ou bien d’un essaimage primaire ou d’un abandon de ruches. Kamal cherche un temps et finalement nous trouvons pas très loin de ses ruches un regroupement d’abeilles. Il s’agit bien d’une désertion de ruche car aucun mâle dans la ruche. Kamal entreprend donc de récupérer l’essaim.
Moi à côté je ne sais comment l’aider. Finalement il me vient une idée. Il m’avait été conté que pour récupérer les abeilles dans les arbres, certains anciens posaient une ruche d’accueil au sol avec un drap blanc devant et se servaient de la ruche comme boite de résonance pour les attirer dedans. Je décide dès lors de faire pareil. Sans gants, juste avec un voile de protection, je tape régulièrement sur le dessus de la ruche avec mon poing fermé. Petit à petit cela m’amène dans un état de méditation et de calme, je suis juste concentré sur ce que je fais et rentre en harmonie avec les abeilles. Dès les premières vibrations celles-ci rentrent dans la ruche, c’est juste magique. Les abeilles et moi ne formons qu’un. Je suis avec elles, sans peur ni craintes. Elles m’entendent et nous sommes en communion.























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