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Rencontre avec Surakshya Subedee et Dwip Pendra

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 15 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 janv.


Centre de formation apicole gouvernemental de Kathmandou :


Kathmandou, 15 décembre avant dernière journée au Népal avant mon immersion dans le sud est asiatique. J’ai décroché avant de partir la possibilité de faire une interview avec le centre gouvernemental de formation apicole de Kathmandou. Y aller se relève assez simple grâce à l’application locale de transport Rapido. Comme d’habitude pas de casque, mais bon je finis par m’y habituer. Une petite prière, ma casquette comme casque et hop c’est partis.

Il fait froid, huit degrés. Le centre de formation est situé dans le jardin botanique. Quel plaisir de sortir de la ceinture centrale de Kathmandou et de respirer un peu d’air pur. A peine vingt kilomètres et on sort la tête de la pollution hivernale. Le soleil pointe son nez, la lumière est belle, les oiseaux sont en rendez-vous, une belle journée en perspective.



Le centre est situé au sein du jardin botanique national. C’est une sacrée surprise. Le parc créé en 1963 s’étend sur plus de 82 hectares et est organisé par thématique ; jardin japonais, jardin de pierre, jardin tropical, la maison des orchidées et le jardin des plantes médicinales. On y trouve presque toutes les végétations endémiques que l’on a au Népal ainsi que des serres tropicales et bien sur les arbres majeurs présents au Népal (dont le rhododendron emblème national). Ce jardin n’est pas un simple lieu de découverte et de contentement, c’est aussi un lieu de rencontre de tout âge et générations. On y trouve aussi bien des scolaires en visite, que des couples, des retraités, des familles ou des enfants venant profiter de son ombrage, de sa tranquillité et de sa sérénité.



A peine arrivé et me voilà complètement charmé par le lieu. C’est un endroit idyllique. Il est situé sur une colline au-dessus d’un ruisseau et est entouré de fleurs, d’arbres fruitiers et d’espèces potagères. Le centre existe depuis plus de 40 ans mais sa structure date de 1990 suite à l’initiative d’un projet hollandais. Il est constitué de plusieurs corps de bâtiments ; un servant d’habitation aux salariés, un autre de bureau et enfin un autre servant de centre de recherche et de formation. Enfin on y retrouve bien sur plusieurs ruches ; essentiellement des ruches newton B accueillant des abeilles cerena, mais aussi en démonstration quelques ruches en argile.


Surakshya et Dwip sont adorables. Leur sourire est généreux et communiquant. Ils sont avides de savoir et heureux de partager leur connaissance. J’apprends particulièrement beaucoup à travers de leur petit musée local où ils entreposent les différentes ruches traditionnelles et modernes. L’occasion pour moi de découvrir la ruche panier fixée en hauteur avec des croisillons en bois ou les abeilles accrocheront leur cire, la ruche jarre qui est une ruche faite à partir d’un pot en argile troué à la base et dont le couvercle est constitué de petits segments de bois. Ils disposent également d’un modèle de ruche tronc, de ruche newton A et B, de ruche d’argile.



Ils vivent à plein temps sur le site et travaillent pour le gouvernement qui affrète ce centre pour former les apiculteurs aux bonnes pratiques et notamment ne pas prélever du miel dans les corps de ruche. Ils se sont formés au fur et à mesure et aujourd’hui ils sont devenus référents dans le domaine apicole. Ils proposent des formations pour débutants et avancés et font également des formations au greffage de reine, même si cette pratique est peu développée au Népal (en raison du coût du matériel, de la précision et du temps disponible). Ils délivrent approximativement une quinzaine de formation par an entièrement pris en charge par le gouvernement et forment aussi les officiels du gouvernement.


Ils disposent de presque 70 ruches pour les formations. Sur un essaim d’apis Cerena ils peuvent récolter jusque 20kg de miel par an. Les périodes de récolte peuvent monter jusqu’à quatre fois par an en fonction des secteurs géographiques, jusque cinq ou six pour l’Apis Mellifera. Pour l’Apis Cerena de l’Himalaya (sa taille est moyenne comparativement aux deux autres apis Cerena) la récolte est souvent plus faible, autour de 10kg. S’agissant de pratique moderne ils changent les reines tous les deux ans. Ils encouragent l’usage de hausse pour la récolte de miel et sont conscients de la problématique du prélèvement de miel dans le couvain chez les apiculteurs d’Apis Mellifera.


Grâce à nos échanges, j’apprends que l’Apis Cerena Cerena qui est plus grosse se trouve seulement dans le secteur de Jumla (Nord-Ouest du Népal), que les abeilles Cerena ne suivent pas de traitement chimique et ne sont nourris qu’en hiver ou au moment des moussons à raison de 5kg par an et par ruche. Le liquide fournit est répartis de la manière suivante : 2/3 sucre et 1/3 eau. La population d’une ruche Apis Cerena est de 25000 individus en haute saison pour 40 à 60 000 individus pour une ruche Apis Mellifera. Le maximum de ponte de la reine s’élève à 800 œufs par jour en haute saison contre 1500 œufs à 2000 pour l’Apis Mellifera.


Rencontrer le centre c’est aussi l’occasion de parler de mes différents échanges au Népal. La question de l’impact du changement climatique sur la diminution des abeilles se pose, en particulier pour l’abeille noire de l’Himalaya qui subit les changements de température et les problèmes liés à la gestion de l’eau et au manque d’eau. L’impact de grandes infrastructures détruisant les surplombs rochers et consommant de grandes ressources en eau sur l’Apis Laboriosa se pose aussi ainsi que les risques liés à la déforestation. Moins d’arbres veut dire moins de ressources et évidemment un impact marqué pour les abeilles sauvages.


Au-delà du changement climatique une réelle problématique pour le Népal est celle de l’ouverture de son marché au miel Indien, souvent de mauvaise qualité (pour celui venant du centre de l’Inde). L’importation de ce miel à bas coûts va affecter les apiculteurs népalais et tirer les prix vers le bas, cela risque de se traduire par une diminution de la qualité du miel népalais, déjà grandement impacté par les pratiques apicoles modernes consistant à prélever du miel dans le corps des ruches Apis Mellifera (introduites dans les années 80). Aujourd’hui le miel népalais se vend pour un litre autour de 1500 roupies pour l’Apis Cerena, 700 roupies pour le miel d’Apis Mellifera et de 3000 roupies à beaucoup plus pour le miel sauvage d’Apis Laboriosa et encore plus s’il s’agit du « Mad Honey ». Demain le prix risque de s’effondrer.


Un autre risque également est lié à l’absence de traçabilité du miel. N’importe qui peut acheter du miel, le mettre en pot et prétendre que c’est le sien. Pire un apiculteur peut très bien décider de mélanger du miel de différentes origines (par exemple Apis Cerena et Mellifera) pour avoir plus de volume et prétendre que le miel est d’origine Apis Cerena.


Finalement seul le cahier des charges imposés aux apiculteurs concernant le taux de moisissures (inférieur à 23% ce qui est quand même énorme au regard du risque de fermentation), le taux de fructose, d’acidité, de cire (inférieur à 0,5%), hydroxymethylfurfural (molécule résiduelle de déchets indicatrice d’un traitement thermique trop important, taux inférieur à 40mg/kg) et le taux de sucre réducteur qui doit être égal ou supérieur à 65% permet d’avoir un léger contrôle, encore faudrait il que l’Etat ait les moyens et la volonté de contrôler le miel et que ces normes soient aussi imposées aux produits importés !

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