Tokyo "lost in translation"
- L'Api Curieux

- 26 mai
- 4 min de lecture

Tokyo, 22 avril 2026, « Lost in translation »[1] :
« Lost in Translation », je crois bien que c’est ce qui résume le plus mon arrivée à Tokyo, en tout cas le sentiment suite à un saut dans un univers totalement différent, presque surréaliste ; au revoir joyeux brouhaha, moiteur de l’air, jus, smoothie et thé dans des échoppes improbables, vie nocturne et diurne effrénée, sourires quotidiens, solitude et joyeux chaos ; bonjour le raffinement, la finesse, l’extrême humilité, la rigidité, la modernité, le froid et bien sur l’usage de toilettes ultras modernes. En résumé, bienvenue au pays des extrêmes.
Pour vivre cette aventure je ne suis pas tout seul, Chris, mon ami et webmestre en chef a décidé de défier les lois de la pesanteur économique et l’éloignement géographique pour me rejoindre. Nous nous sommes rejoints à l’aéroport de Hanoï là où il était en transit et là où j’embarquais. Après presque huit mois de voyage en solitaire, bizarrement c’était tout naturel de le croiser là même si je ressens que de ce fait cette parenthèse au Japon sera une nouvelle forme de voyage pour moi. Il va me falloir réapprendre à penser à deux et prendre en compte l’autre, mais en même temps être à deux va me permettre de pouvoir partager un peu de cette aventure à deux et de permettre à Chris de pénétrer un peu plus mon univers de voyage, tout comme ça sera l’occasion pour moi de le découvrir sous de nouvelles facettes.
A l’aéroport, partout des pictogrammes, des lignes de toutes les couleurs, du monde, il y de quoi vous mettre la tête à l’envers, mais l’ordre et la propreté sont de rigueur. J’avais malencontreusement oublié une mandarine dans mon sac, voilà que le chien marque l’arrêt et me voici donc contraint d’abandonner ma mandarine vietnamienne. Cela se passe dans la bonne humeur ; arrivé au guichet je tends ma mandarine et voilà que le contrôleur en face de moi s’excuse du désagrément causé par le prélèvement de la mandarine. Tout cela est fait avec une extrême politesse et gentillesse, nous sommes bien loin des « rambos » français, cela fait du bien, on aurait de quoi apprendre en France.
Visa réussi, direction maintenant le logement. Il faut faire plus de trois changements, c’est un peu angoissant mais les explications sont plutôt bien faites, les personnels de l’aéroport est accompagnant et à trois (si on rajoute la technologie) nous arrivons après presque deux heures de transport à notre logement.
Mon premier choc c’est tout simplement de ne plus sentir cette vibration permanente, ce brouhaha, cette nervosité, et pourtant Tokyo c’est une ville immense qui s’étend sur plusieurs milliers de kilomètres carré (2194km2) avec plus de 14 millions d’habitants et des centaines de gratte-ciel. Avant de venir je me disais que ça serait insupportable cette masse de population, ces gratte-ciel, ces maisons étriquées.
Je me disais aussi que ça serait forcément très bruyant, mais pas du tout. Tokyo peut être pris de frénésie aux heures de pointes, mais dans l’ensemble on a surtout l’impression que les gens s’excusent d’être. Le maitre mot de la société japonaise, ne pas déranger l’autre, penser collectif.
Tokyo est une ville étrange ; c’est à la fois l’hyper modernité débridée mélangée à des valeurs et règles très conservatrices. Tokyo nous a accueilli par ses grandes allées, ses grandes tours, ses lumières futuristes, ses animations vidéos, ses bâtiments animés, ses affiches de manga, ses « maids » et cafés tous droits sortis d’un imaginaire débridé, mais aussi par ses petits izakayas (petits restaurants traditionnels), ses rues étroites, ses temples en bois pleins de divinités et ses femmes en costumes traditionnels. Tokyo finalement donne un peu une image de schizophrénie alternant les zones de calme aux zones de folies. Déambuler en soubrette, être déguisé en manga (« cosplay » ou style « kawaï »), prendre un café avec une chouette, un lapin, un cochon ou un serpent, rien de plus naturel. Par contre, mouchez-vous dans la rue, ne vous arrêtez pas aux feux rouges, dépassez les gens aux stops, fumez dans la rue, montrez votre pauvreté et vous passerez pour un original à cacher.
Tokyo c’est donc tout ça à la fois. La visiter m’évoque à la fois un mélange d’Allemagne, de Belgique, d’Angleterre pour sa propreté, son organisation urbaine et à la fois un côté très asiatique dans son rapport au sacré, à l’essence des choses et à la gestion des émotions et du rapport à l’autre.
En parcourant les temples, petites rues isolées et les magasins je ne peux qu’être admiratif de la qualité du beau. Tout ce qui est fait l’est avec un esthétisme et une rigueur particulière. A l’intérieur des gares, dans les maisons, dans les transports, dans les parcs ou dans les cuisines et même dans les codes vestimentaires et de séduction, tout fait l’objet d’une extrême finesse. Le travail du bois, du papier de riz, les ornements des vêtements, l’art poétique, la présentation et préparation des plats en cuisine, la taille des arbres, tout est l’occasion d’exprimer cette finesse souvent poussée au paroxysme.
Dès lors je ne peux que m’interroger sur comment dans une telle société les personnes font pour exister et survivre à la pression collective.
[1] Petit clin d’œil au film de sofia Coppola, « Lost In Translation », 2003



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