Récolte de miel à Rolpa
- L'Api Curieux

- 9 nov. 2025
- 4 min de lecture

Samedi 08 novembre, j’ai rendez-vous avec Sandesh pour une grande première ; je vais participer à ma première extraction de miel à l’étranger d’Apis Méliféra. Il s’agit de miel de butter tree dont le nom scientifique est Madhuca Longifolia. Je suis trop impatient !
Rendez-vous 9H devant son entreprise. Me voilà prêt avec mes deux sacs à dos. 10H nous sommes au complet, le véhicule est chargé, nous sommes prêts à partir plein sud-ouest pour rejoindre Rolpa le district du lieu de son exploitation. Je pensais partir pour un périple facile, c’était sans compter l’état de la route. « Des trous, des petits trous, toujours des petits trous. Des trous de seconde classe, des trous de première classe ».
Passé quelques heures on a enfin réussi à laisser derrière nous les trous. Place aux grandes plaines agricoles népalaise. J’ai un peu l’impression de me trouver dans des champs agricoles du sud de la France. Devant moi de grandes étendues agricoles toutes jaunes. Il s’agit de champs de riz jaune paille déjà arrivé à maturité. Je n’avais aucune conscience du fait que le Népal était un aussi gros producteur de Riz. Au milieu de ces étendues, les fermiers, souvent nu pieds avec leurs faux et houe. La grosse différence avec la France c’est que le travail est très peu motorisé et que les parcelles sont extrêmement morcelées. La pratique du brûlis est encore d’usage et l’ensemble est irrigué via des canaux. Passé le riz place à la moutarde, un mélange entre le jaune vif et le vert fluo de la tige. Cela fait très bucolique sur le parcours. Après cinq heures de route, le repas. Nous mangeons dans un café du sukuti (viande de buffle séchée) avec des graines de riz soufflées, un régal, mais légèrement trop pimenté pour moi. Finalement nous arrivons à 18H sur le lieu de l’exploitation. Il y a plus de 200 ruches. L’équipe du jour a extrait presque 100 ruches, il nous en reste à extraire 102 ruches le lendemain.
Dimanche 9 novembre : 10 heures, début de l’extraction de miel. La tente pour extraire le miel est en place. Dedans un poste pour ouvrir les cires operculées de miel, un poste pour extraire le miel grâce à un extracteur manuel de 9 cadres et un poste pour ranger les cadres extraits dans les hausses. Les postes sont de temps en temps doublé pour plus d’efficacité. A l’extérieur une équipe pour apporter les hausses pleines de cadres de miel et une équipe pour sélectionner les cadres qui seront extraits tout en tâchant bien sûr d’enlever les abeilles des cadres. En tout huit personnes à temps plein. Le travail enchaîne vite, 102 ruches à extraire, pas le temps de flâner. C’est l’oncle de Sandesh qui est à la découpe de la cire operculée. Il est d’une efficacité redoutable. Sandesh est à l’extraction et moi plutôt au rangement des cadres. On échange des fois de poste. Les porteurs sont eux aussi d’une efficacité redoutable et ce malgré le poids des hausses.
Car il faut se le dire l’extraction comporte une particularité. Déjà les hausses sont plus profondes qu’en France, du coût on se retrouve avec du couvain dans les hausses et surtout l’apiculture moderne au Népal se traduit par une récolte du miel dans la chambre principale. Autrement dit dans le corps de la ruche ça peut être jusqu’à cinq cadres sur dix qui peuvent être prélevés. Sandesh est bien conscient que cela est problématique et qu’il faut faire évoluer les pratiques, mais dans un contexte de tension du marché, ça n’est pas évident.
Très vite la tente d’extraction malgré nos précautions est envahie d’abeilles en recherche de miel. Elles ne sont pas agressives, mais on les retrouve partout ; dans les cadres, dans l’extracteur, dans les hausses. Les népalais ne craignent pas les piqûres. Personnellement j’ai préféré garder mes gants et mon voile. Pas par crainte des abeilles mais surtout car j’enfle en cas de piqûre.
A 16h nous avons fini. Ça a été intense, très peu de pauses, mais nous avons bien extrait dans la bonne humeur les 102 ruches pour un total de 700Kg. Sandesh est assez inquiet pour la suite des récoltes. Les dernières pluies ont lessivé les arbres, la récolte est moins bonne que prévue et les abeilles ont faim. Tout le dilemme de l’apiculture moderne. Passé un certain seuil plus on produit plus les coûts sont élevés, plus on est dépendant de la demande et plus la marge faible. Dès lors en cas de tension sur le marché et de forte concurrence avec des pays étrangers si on ne fait pas de volume il est très difficile de rentrer dans ses coûts.
« Des trous, des petits trous, toujours des petits trous. Des trous de seconde classe, des trous de première classe ».
Lundi soir, il est 19h, nous venons enfin de passer les trous et d’arriver. Sandesh à la gentillesse de m’accueillir chez lui pour la nuit. L’occasion de rencontrer son père et sa mère, de passer un agréable moment de convivialité, d’avoir un repas chaud, une chambre agréable et calme. Le bonheur après ces trois jours intenses.
Qu’on se le dise, la récolte de miel au Népal, ça se mérite !

































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