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Rencontre avec AESBO à Oudomxai

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 29 déc. 2025
  • 5 min de lecture

AESBO était pour moi une association inconnue. C’est Eric mon contact au Cambodge qui a eu la gentillesse de me fournir ses coordonnées. L’acronyme de cette association signifie « Association pour le développement d’une apiculture durable » au Laos. Cette association a débuté son travail en 2012 sous l’impulsion de ses deux membres fondateurs belge. L’idée de cette association est d’accompagner les apiculteurs dans une démarche apicole durable qui permettrait de fournir aux plus pauvres quelques revenus supplémentaires tout en préservant la ressource apicole locale et en s’inscrivant dans la bonne prise en compte du changement climatique. La dynamique de l’association répond à un double constat ; la pauvreté extrême d’une partie des villages ruraux et le risque que fait porter l’apiculture traditionnelle sur le maintien des colonies existantes.


En effet au Laos traditionnellement pays de chasseur de miel, celui-ci était récolté par des cueilleurs de miel soit dans le meilleur des cas en enfumant les nids dans les troncs d’arbres soit dans le pire des cas en brûlant les essaims. Quoi qu’il en soit le résultat était à chaque fois la destruction de la colonie par la destruction du couvain et de tous les rayons de cire. L’autre manière de récolter le miel était d’utiliser des ruches troncs ou faites maison mais sans réelle notion de la part des fermiers du mode de vie des colonies. Résultat souvent le miel était récolté trop tôt, tous les cadres étant coupés, cela entraînait forcément la destruction de la colonie.


Dès lors l’objectif de l’association était double : amener les apiculteurs à utiliser des ruches construites localement plus pérennes pour les colonies et former les apiculteurs à une gestion respectueuse de leur colonie.


Chansouk directrice de l’association m’a accueilli à mon arrivée à Muang Xay. C’est quelqu’un d’adorable, gentille et investie dans le projet qu’elle pilote. Tout de suite elle a su me mettre à l’aise en m’emmenant dès mon arrivée assister au nouvel an khmu dans un village proche d’Oudomxay. Cela a été un moment festif où j’ai pu goûter les spécialités culinaires locales, notamment le poisson fermenté et bien sur le law lao (alcool de riz local).

Le lendemain de mon arrivée nous sommes partis à la rencontre des apiculteurs que supervise l’association. Dans leur juridiction ils sont rentrés en contact avec plus de 142 villages et depuis 2012 ont accompagné et formé plus de 1600 apiculteurs. Dans leur zone d’action on trouve plus de 12 000 ruches dont seulement 8000 colonies occupées. Les récoltes varient entre 20 et 10 tonnes par an.


Nous avons rencontré plusieurs apiculteurs situés autour du village de Lampling et dans ses environs et à côté de Muang Xai. En ayant pénétré les villages reculés du Laos j’ai pu me rendre compte de l’extrême pauvreté de ceux-ci. Les maisons sont structurées mais rudimentaires. Elles sont en bois, montées sur pilotis, contiennent rarement plus de 3 pièces et la cuisine se fait sur feu de bois.


Chansouk m’a expliqué que tous les ans ils forment les fermiers (pendant 5 jours) sur comment construire et gérer leurs ruches. L’association ne vient leur rendre visite qu’une fois tous les trois mois. Ainsi la responsabilité de l’entretien et du suivi de la ruche repose sur les villageois. L’idée est de leur fournir un minimum de revenus tout en les responsabilisant. Lors de nos premières inspections nous avons pu voir que les ruches n’étaient pas parfaitement entretenues et qu’elles contenaient notamment plusieurs insectes dedans. Ils n’utilisent pas de cadre mais un système de rack en bois de taille égale sur lequel les abeilles fixent leur rayon de cire.


Ma première impression était donc mitigée. Pour moi le manque d’entretien des ruches leur est préjudiciable. La présence d’humidité, de fourmis, de sortes de scarabées ou cafard sont facteurs d’affaiblissement pour la ruche et cela particulièrement pour l’Apis Cerena qui est une espèce très sensible et qui à la moindre contrariété « abandonne » la ruche. Clairement ma première visite de ruche m’a laissée interrogatrice.


Les autres ruches que nous avons pu visiter étaient plus « propres » et les apiculteurs plus consciencieux, néanmoins j’ai quand même pu observer quelques trous dans les ruches. De plus j’ai pu remarquer également que les matériaux utilisés étaient tous disparates, même sur un site, ce qui a mon sens nuit à la gestion de l’ensemble des ruches et à la possibilité de transférer, dupliquer, réduire des colonies.


Mais tout cela a une explication. Ayant dépassé ce constat, il faut remettre les choses dans leur contexte. L’extrême pauvreté des paysans et le fait qu’ils fabriquent les ruches avec les chutes de bois à disposition explique pourquoi les ruches sont disparates. Surtout cela explique pourquoi aucune ruche se ressemble. Par ailleurs, vu le climat plutôt favorable, j’ai pu observer que la présence de trous n’était pas un problème pour les abeilles. Dans certaines ruches j’ai même pu voir que les abeilles rentraient et sortaient de manière aléatoire par les différents trous sans que cela les gêne.


Concernant le côté disparate des ruches, certes cela nuit aux manipulations de duplication, division, remérage, réduction de ruches mais c’est oublier quelque chose de fondamental dans cette région du Laos. Les apiculteurs locaux n’en sont pas encore au stade de duplication, division et de pose de hausses. Ils « cultivent » les abeilles au rythme des saisons et s’adaptent à celles-ci. C’est cela qui fait le côté durable, intégré de leur apiculture.

La récolte de miel a lieu de manière aléatoire soit en novembre, soit en mai. Tout dépend des abeilles, de leurs réserves et de leur volonté de migration ou pas. Le système de rack en bois rend la récolte sensible avec un risque de destruction des rayons de cire si ceux-ci ne sont pas fixés sur les racks avec une petite lanière de bambou. L’idée est de ne prélever que les cires operculées pleines de miel et de laisser dans les ruches les couvains qui après extraction seront refixés sur le rack en bois.


L’autre particularité de cette apiculture est que les apiculteurs ne tuent pas les reines. L’abandon de la ruche au moment de la saison des pluies semble être courant. Certains apiculteurs m’ont mentionné le fait qu’elles quittaient leur « nid » avant la saison des pluies pour y revenir après. Ils m’ont certifié que c’était les mêmes abeilles. J’ai trouvé cela poétique même si peut être peu réaliste. Peu importe que ce soit les mêmes abeilles ou pas, cela démontre juste que les ruches sont suffisamment accueillantes, le milieu riche et les pratiques durables pour que les abeilles reviennent « au nid ».


Cette visite m’aura rappelé que ça n’est pas que la qualité physique, la standardisation de la ruche qui fait que les abeilles s’y sentent bien. Il s’agit d’un tout ; environnement, humain, matériel, climat. Quoi qu’il en soit cela confirme une chose ; c’est l’abeille qui décide qu’elle sera « sa maison » et l’être humain n’est que dépositaire de sa volonté.

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