Rafter (Siem Reap - Kullen Montagne)
- L'Api Curieux

- 18 févr.
- 4 min de lecture

Rafter :
En anglais cela veut dire « chevron », alors quand on m’a parlé de « Rafter » cueilleur de miel, je ne savais pas trop de quoi il s’agissait. C’est grâce à Eric, un compagnon apicole résidant au Cambodge – rencontré grâce à une amie de Millau – que j’ai pu vivre cette expérience. D’une certaine manière on pourrait dire que la rencontre avec les « Rafters » constitue l’un des aboutissements de ce voyage.
Je m’étais entretenu au téléphone avant de partir avec Eric et il a contribué à m’aiguiller dans mes recherches d’apiculteurs et de préparation de voyage. C’est lui lors de notre dernière conversation téléphonique qui m’a parlé des Rafters.
Les Rafters se sont des cueilleurs de miel sauvage provenant de l’abeille Apis Dorsata. La particularité c’est qu’ils travaillent en zone semi arborée avec une végétation de lineux plutôt basse et des arbres ne dépassant pas les 3, 4m. Le Rafting est une technique qui a été élaborée pour pallier à l’absence d’arbres de hauts jets permettant aux abeilles de construire leur nid dans des environnements et écosystèmes favorables.
Concrètement le Rafting consiste à créer une structure portante offrant à l’Apis Dorsata la possibilité de construire un nid qui sera situé proche du sol. La structure forme un triptyque ; elle est composée de deux banches verticales fixées à même le sol ou sur un petit arbre sur lesquelles repose une branche portante horizontale qui sera le support du futur nid. L’importance concernant la structure est qu’elle soit stable et solidement ancrée, que la branche portante fasse un angle compris entre 25 et 60 degrés (pour permettre l’accroche du nid) et que la hauteur du chevron soit située d’un bout à l’autre entre 2m50 et 50cm pour la partie la plus basse.
La branche accueillant le nid ne doit pas faire plus de 20cm de diamètre et son écorce doit être lisse pour permettre ainsi une meilleure accroche pour le futur nid. La structure doit être élaborée dans un endroit protégé (où les abeilles se sentent en sécurité) mais avec une ouverture permettant à l’essaim d’arriver et de se fixer. Une amorce de cire fixée sur la poutre est un plus pour favoriser l’installation d’un nouvel essaim. Enfin la présence d’eau est importante pour permettre à l’essaim de se développer.
J’ai donc découvert cette pratique grâce à Eric. Il a été notre guide pour cette sortie, c’est lui également qui avait connaissance des rafters. La journée a débuté à 7h. Après 1h de route et être arrivé dans le massif des Kullens nous avons rencontré nos rafters. Ces derniers le sont de génération en génération. C’est Tbeang plus de soixante ans qui était le responsable de la récolte de miel et qui nous as emmené découvrir et assister à la récolte du miel d’Apis Dorsata.
La structure a été construite à même un sol que l’on pourrait qualifier de légèrement tourbeux. Après 40mn de marche dans un mélange de gadoue et d’eau nous sommes enfin arrivés à l’entrée du nid. Les 20 derniers mètres pour y arriver ne pouvaient se faire qu’en marchant sous une canopée d’arbres bas.
Voir un essaim d’abeille Apis Dorsata de si prêt et entendre son bourdonnement est très impressionnant.
Ça n’est pas un sentiment de peur qui m’a envahi quand nous nous sommes approchés du nid mais plutôt un sentiment de gratitude. Avoir la chance de pouvoir contempler un nid d’abeilles sauvages d’aussi prêt (quelques centimètres) est quelque chose d’assez exceptionnel. Être si proche du nid permet de se rendre compte de toute la vie qui l’entoure, de ressentir son énergie, de voir tout cet univers en action ce qui est fantastique.
Afin de nous permettre d’approcher du nid sans être attaqué les rafters avaient préparé un fagot en forme de conne constitué de branches sèches et entouré de branches humides qui servait d’enfumoir. Quelques secondes après notre arrivée les rafters ont placé le fagot sous le nid. La fumée a dès lors fait fuir toutes les abeilles butineuses (celles qui sont le plus foncées) ; ne restaient alors au nid que les abeilles nourricières. Le moment ou toutes les butineuses s’en vont est très impressionnant. Elles partent toutes ensembles dans un nuage assourdissant.
Les rafters connaissent bien le comportement des abeilles. Ils ont 10mn pour récolter le miel sans se faire piquer avant que les butineuses reviennent. Ce sont elles qui attaqueront. Il y a quelques signes précurseurs : Une sorte de vol en vague, un sifflement plus accru (lié au battement des ailes) et un mouvement un peu en cercle autour des potentiels prédateurs. Dès que le tempo d’attaque est donné plus rien ne les arrête.
Nous avons donc pu bénéficier de dix minutes pour à la fois observer le nid et voir les rafters prélever le miel. Ils sont très impressionnants. Ils fonctionnent sans gants ni protections. Ils interviennent en sandales, à manches courtes. A chaque fois que je vois des apiculteurs agir ainsi je suis subjugué. Au moindre choc, écart, ou dépassement de temps, les abeilles peuvent se retourner et attaquer les personnes proches du nid. Les conséquences peuvent être mortelles. Les rafters que nous avons rencontrés ont été formés à une apiculture durable ; ils ne prélèvent dès lors que la partie supérieure gauche ou droite du nid correspondant à la zone de stockage de miel.
Les dix minutes s’étant écoulées nous nous sommes retirés calmement. Grâce aux rafters et au comportement des gens présents tout s’est bien passé. Ce fut une aventure extraordinaire qui m’a réellement permis de toucher du doigt le monde des abeilles géantes Apis Dorsata.
Avant de partir je n’ai pu résister à l’envie d’acheter un peu de miel sauvage d’Apis Dorsata. Ça n’est pas tous les jours que j’en mangerai en Europe.






































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