top of page

L’apiculture au Laos

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 30 janv.
  • 3 min de lecture

Disons le tout de suite rencontrer des apiculteurs au Laos n’a pas été aisé, j’ai dû passer par des intermédiaires, en l’occurrence des associations. Avoir une vision globale n’est donc pas simple. Cependant après avoir parcouru ce pays pendant un mois et demi je peux en tirer plusieurs conclusions.


La première c’est que ce pays est riche en abeilles. J’ai eu la chance de voir un peu partout des abeilles de type cerena, laboriosa et dorsata ainsi que des abeilles méllipones. Le territoire me semble donc favorable à la pratique de l’apiculture. L’environnement du Laos offrant à la fois des milieux boisés, de l’eau et des milieux ouverts et semi-ouverts doit y être pour quelque chose.



La seconde c’est que l’apiculture au Laos n’est absolument pas modernisée ni intensifiée. Les pratiques apicoles que j’ai rencontrées sont très rudimentaires. Je n’ai vu aucune ruche avec des hausses. Par ailleurs la plupart des ruches que j’ai rencontrées étaient de type traditionnel ou de type japonais. Je n’ai rencontré que très peu de ruches pour l’Apis Cerena de type Newton B.


Généralement l’apiculture est le fait de fermiers (souvent des anciens cueilleurs de miel en reconversion) qui s’en servent en tant que complément de revenus et qui ne possèdent que quelques ruches. La plus grosse ferme que j’ai rencontrée disposait seulement de 60 ruches, mais la plupart des fermiers disposent à peine d’une poignée de ruches.


Troisièmement, la production apicole est essentiellement le fait du semi élevage de l’Apis Cerena. La récolte de miel par ruche par an s’élève à une dizaine de kilos. Les techniques d’extraction de miel sont le pressage et l’égouttement, ils disposent très peu d'extracteurs. Les fermiers ne semblent pas récolter et gérer les abeilles mellipones alors qu’il y en a beaucoup. La récolte du miel de l’Apis Dorsata semble être juste le fruit des cueilleurs de miel. A noter que les pratiques de chasseurs de miel et de cueilleurs de miels sont très impactantes pour les abeilles. A ce sujet il m’a été conté localement deux méthodes pour récolter le miel dans les cavités ; un enfumage maximum – soit en laissant la cavité ouverte ce qui permet de faire fuir les abeilles, soit en obstruant la cavité ce qui entraîne la mort des abeilles – ou bien carrément en mettant le feu au nid. On comprendra que ces deux techniques sont extrêmement destructrices pour les abeilles.


Cette apiculture peu intensive s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord le manque d’infrastructures de transport (absences de routes), la pauvreté des villages, leur isolement et leur difficile accès explique en grande partie pourquoi la production, la commercialisation et la valorisation du miel est difficile. Par ailleurs cela est accentué par le fait que l’apiculture n’est pas appuyée par le gouvernement.


A contrario ce qui pourrait être vu comme une difficulté pour le pays peut se transformer en richesse. Toutes les fermes que j’ai vues travaillaient de manière entièrement naturelle avec les abeilles. Ainsi aucun fermier n’utilisait de produits chimiques. Tous par ailleurs laissaient les essaimages se faire et aucun d’entre eux ne tuaient les reines.



Nous sommes donc dans une apiculture raisonnée et respectueuse du comportement des colonies. Cela pourrait donc se transformer en un atout pour le Laos, surtout dans une démarche de valorisation de produits face à la concurrence accrue de géants voisins (Chine, Thaïlande, Vietnam).


Cependant un point de vigilance est à souligner ; le Laos terre agricole subit les pressions et besoins des pays voisins. Les mono exploitations forestières (Hevea notamment), mono exploitation de bananiers et diverses cultures consommant des pesticides sont en expansion. Si ce mouvement se poursuit on peut craindre à l’avenir une pollution chimique accrue qui associée à la mono-exploitation risque de réduire très fortement la biodiversité locale et porter ainsi atteinte aux principales ressources des abeilles.


Pour conclure, le Laos possède à mon sens une richesse unique. La pratique apicole qui par bien des égards pourrait paraître pour l’occident désuète fonctionne. Les ruches ne sont pas parfaites, la gestion pas optimale, mais ce que je retiens c’est que les apiculteurs sont ici respectueux du cycle nature de l’abeille, qu’ils travaillent sans produit chimique et qu’en comparaison avec d’autres pays d’Asie travaillant avec l’Apis Cerena ils n’ont pas à rougir de leurs récoltes.

Commentaires


bottom of page