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Mon légionnaire...

Photo du rédacteur: L'Api Curieux
L'Api Curieux
28 juil.
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 juil.



Mae Hong Son, le13 juillet 2026,


Sur la route on fait parfois des rencontres qui interpellent. Pas plus tard qu’avant-hier sur mon chemin menant dans le nord-ouest de la Thaïlande, j’ai croisé par hasard un légionnaire à la retraite. Il avait servi la France dans la Légion en tant que tireur d’élite puis était devenu instructeur pour finalement prendre sa retraite il y a quelques années, mais cela je ne l’ai su qu’après avoir échangé avec lui.


Quand je suis arrivé dans ma « Guest House » il est venu directement à ma rencontre, s’exprimant en anglais avec un fort accent germanique. Avec sa coupe de cheveux en forme de crète, son torse nu, ses tatouages et ses traces de percing, il avait quelque chose du légionnaire punk. Il était plutôt avenant, il m’a d’ailleurs offert deux petits gâteaux à la banane en échange des biscuits que je lui avais donnés. Il s’était plus ou moins installé en Thaïlande avec sa femme après avoir fini de servir la France.


Cette rencontre a été particulièrement surprenante et révélatrice à mes yeux de la complexité humaine. Tout d’abord je me suis fait cueillir à froid. A peine arrivé et après m’avoir raconté son passé militaire, il a cru bon de me préciser qu’il avait fait la guerre d’Irak et qu’il avait tué plus de cinquante personnes en tant que « sniper ». Autant dire tout de suite que cela m’a légèrement désorienté et à fortement diminué mon envie d’échanger. Je ne comprends pas comment peut-on être fier d’avoir retiré la vie à plusieurs dizaines de personnes même si cela a lieu en temps de guerre et pour les raisons de la nation.


Passons, heureusement ses faits d’armes exposés, il m’a parlé de sa vie, de ses projets et de sa retraite. Il était croyant, à la fois bouddhiste et chrétien. Le matin avant que je parte il était fier de me montrer la croix qu’il avait prévu d’offrir au père de la paroisse jouxtant notre Guest-House. Il semblait assez investi dans la communauté religieuse. En parallèle il aimait bien jouer avec le gamin de la Guest-House. Il était même en train de lui confectionner un cerf-volant. Son futur jouet pour lui c’était d’acquérir un gros 4X4 pour les chemins de montagne et de l’aménager avec du son. Une idée fantaisiste pour moi et ce d’autant plus quand je le voyais participer au nettoyage, à la gestion des déchets et essayer d’éduquer les enfants au respect de l’environnement.


Tous les matins je le croisais. Il semblait heureux dans la Guest House avec sa femme. Alors que nous prenions le thé le matin il aimait à me raconter quelques-unes de ses aventures notamment ses soirées de fête ou il était capable de boire plus de 20 bouteilles de bière locale – dont le contenant est quand même de 660ml !


Bien que croyant et amoureux il me narrait qu’il avait été une fois interpellé par la police thaïlandaise en état d’ivresse en train de frapper sa femme car elle lui avait menti et car elle aurait monté ses voisins contre lui. Quelque chose de complètement saugrenu pour moi quand on partage la vie de quelqu’un mais qui dans sa vie à lui semblait bien réel. La force, la domination, pour quoi faire ?


Autre anecdote, fervent pratiquant des massages ; il me raconte sur Bangkok l’envers des massages thaïlandais, ceux avec des protections plastiques ou les masseuses se transforment en travailleuse de sexe. Un jour alors qu’il se faisait masser, sa femme dans la pièce à côté de lui, la masseuse décide sans lui avoir rien demandé de lui masser son sexe. Ce jour là il lui a dit d’arrêter ; « ma femme se trouve dans la pièce d’à côté » s’est il exprimé. Mais faut-il réellement une raison pour dire non ?


Cet homme représente pour moi toute l’ambiguïté de l’être humain dans ce qu’il a de plus beau et de plus horrible. A travers lui c’est toute l’humanité que je retrouve, à la fois capable du meilleur et du pire. A la fois écologiste, protecteur et éducateur mais en même temps ultra consumériste, individualiste et destructeur, beau et laid, cet homme représentait tout ça en même temps. L’incohérence est humaine, mais jusqu’à qu’elle stade est-elle supportable et acceptable sans s’effondrer que ça soit à l’échelle de l’individu, de la société ou d’un État ?

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