Le repas...


Jianchuan, le 09 août 2026
J’étais partis manger. Il faut dire que depuis quelques mois je me nourris quasi exclusivement de pâtes. Ça n’est pas forcément une passion mais il faut avouer que les bouillons de pâtes en Asie sont particulièrement bons, bien assaisonnés et à une somme plus que raisonnable pour quelqu’un dont les dépenses sont limitées. Je crois bien que j’ai testé tout ce que l’Asie peut proposer en termes de pâtes.
Pour en revenir à mon repas, mon hôtesse d’accueil m’a proposé deux restaurants locaux qui faisaient pour une fois autre chose que des pâtes. Le restaurant est de manufacture locale, les tables sont circulaires, une partie du personnel fume dedans, un verre de thé vous est offert, les déchets sont en parti par terre, les murs sont tâchés et souvent dans ces endroits là les cuisinières sont très gentilles. Devant moi une sorte de placard vitré dans lequel se trouvent les ingrédients que je peux choisir. Enfin du vert.
Je crois comprendre que l’on choisit les ingrédients qui nous plaisent et que les cuisinières les cuisine pour nous. Je choisis donc des pois cassés, de la viande, des champignons, des tomates, je voulais choisir un autre ingrédient mais la cuisinière me dit qu’il y en a déjà trop, ça aurait dû me mettre la puce à l’oreille.
Je m’installe sur une table circulaire et attend donc mon office. Dix minutes après m’être installé je vois arriver devant moi une énorme assiette de champignons cuisinés avec des poivrons et du piment. Pas de trace de viande mais l’assiette est tellement grosse que cela me suffit amplement.
Quelques minutes après, alors que j’ai bien entamé mon plat, je vois arriver une deuxième assiette pleine de viande et un gros bol de riz. Je commence à avoir les yeux qui sortent du ventre et m’inquiète pour mon régime alimentaire. Comment vais-je pouvoir terminer tout ça moi qui depuis presque deux mois ne mange réellement qu’un vrai repas par jour. Je fais donc les gros yeux, cela fait sourire les serveuses qui se rendent compte que cela fait beaucoup pour un petit homme. La viande est bonne, je me dis que c’est bon, que je peux me consacrer pleinement à mon repas, aucunes autres surprises de prévues.
Je reprends donc vigoureusement mon repas en alternant viande, riz et champignon et de temps en temps en mélangeant le tout ensemble. Cinq minutes plus tard voilà que je suis de nouveau interrompu par la serveuse qui dépose devant moi une énorme assiette de pois cassés. J’avais complètement oublié ce dernier ingrédient. Me voici donc assis avec devant moi quatre plats. En voyant cette assiette j’ai presque un mouvement de recul et manque de m’effondrer au sol. J’essaye de ne pas faire trop pâle figure et entame vigoureusement mes différents plats au risque de l’indigestion. J’ai beau faire mon maximum je ne peux pas avaler plus de la moitié du repas. La serveuse en me voyant à moitié affalé sur ma chaise, la panse plus que remplie, comprend bien que c’est trop pour moi. Les autres serveuses et les cuisiniers sont morts de rire.
Réactif l’équipe comprend mon désespoir et me propose de tout mettre dans des barquettes. Me voilà donc à la fin de ce repas avec deux barquettes remplies à ras le bord qui je pense me permettront de me substanter pour mon prochain repas.
C’est très bien d’avoir des barquettes mais encore faut-il pouvoir les cuisiner. Il est 19H00, je n’ai pas mangé de la journée, les barquettes me font de l’œil mais je n’ai rien pour les réchauffer. Pas le choix je retourne dans le restaurant de la veille. Les cuisinières me voient arriver avec mes deux barquettes et j’essaye de leur faire comprendre que je souhaite les faire réchauffer, chose inimaginable en France.
Elles me reconnaissent et m’accueillent avec un large sourire. Elles m’invitent à m’asseoir. Me voici donc accueilli comme un roi et tel quel je siège sur mon petit tabouret dans la salle à manger. Quelques minutes plus tard voilà les cuisinières qui reviennent vers moi avec mes barquettes réchauffées. Elles m’amènent également un verre de thé, une assiette et des couverts. Après m’être royalement substanté je passe leur dire au revoir et leur proposer un extra pour leur gentillesse. Refus catégorique. Elles me font un sourire, il est temps pour moi de m’en aller en ayant profiter pleinement de la générosité et de l’accueil chinois.



Commentaires