Lwang Tea Estate
- L'Api Curieux

- 5 déc. 2025
- 5 min de lecture

Lwang, situé au nord-ouest de Pokhara sur la route du Mardi Hill et de Mustang, c’est un des rares villages produisant dans l’ouest du Népal du thé. L’endroit est charmant, constitué de maisons traditionnelles en bois, pierres et argiles, ce village a un passé agricole mais aujourd’hui vit essentiellement du tourisme. De ce fait, ces jardins de thé lancés il y a plus de 25 ans - qui étaient initialement communautaires et financés par l’Anapurna Conservation Area Project - ont été progressivement délaissés au profit du tourisme. Heureusement une société privée a repris la gestion des plantations de thé. Désormais il n’y a plus qu’un seul gestionnaire de l’ensemble des plantations de thé.
La visite de la manufacture de thé, ça a été ma petite satisfaction et plaisir de la journée, mais ça ne s’est pas fait tout seul.
Petit récapitulatif :
8H30, mon hôte me propose un lift pour aller à Hari Chowk, delà je devrais pouvoir prendre un bus pour aller à Lwang.
9H00, on arrive sur site, pas de bus ni de jeep collective, erreur dans la prévision, j’en serai quitte pour payer 800 roupies de plus à mon hôte pour qu’il me dépose à Hemja.
10H00, Hemja intersection entre la route qui mène à Pokhara et celle qui mène sur les chemins de randonnée du tour de l’Annapurna. Toujours pas de bus, mais des taxis collectifs. Décidément ce voyage qui devait être facile devient de plus en plus aléatoire.
10H30, toujours pas de jeep, on annonce à mon hôte que le bus est à 15H, je crois bien que c’est mort pour la visite du jardin de thé.
10H50, retournement de situation, un autre citoyen nous annonce qu’un autre bus local se rend à 1h à pied du village où je dois aller. Alléluia, c’est quitte ou double, mais je décide de tenter l’aventure.
11H00, le bus local démarre bien à l’heure, les fauteuils sont défoncés, mais les gens sont gentils et accommodants.
11H45, mon chauffeur m’annonce que je dois descendre. Le village se trouve à une heure à pied de là où je suis. En théorie c’est faisable, sauf que je dois porter mon sac sur une pente de 8% pendant une heure. J’espère que je n’ai pas trop présumé de mes forces.
12H45, j’ai le dos en sueur, des douleurs qui apparaissent dans les hanches et lombaires, mais oh miracle, le village apparaît. Je passe devant la fabrique de thé, ça sent bon, certainement meilleur que moi qui suis trempé de sueurs.
13H00, mon dos n’a pas craqué, j’arrive au logement qui n’est pas encore prêt, je m’attendais à un village agricole, c’est encore le cas mais on sent bien que le tourisme est en train de tout tuer. Mon logement est composé de bâtiments traditionnels et modernes. Ils ont une capacité d’accueil énorme, je crains le pire pour le soir. Cependant j’ai quand même la satisfaction de voir les ruches traditionnelles accrochées aux murs des maisons traditionnelles et pour certaines ancrées dans les murs.
13H30, le temps que ma chambre soit prête je file voir la manufacture de thé.
14H00, je suis aimablement reçu par le « tea maker », Kusal Rai, de la fabrique de thé. Je peux prendre en photo toutes les machines. Il m’explique l’histoire de la fabrique de thé. Initialement tenu par les villageois, ceux-ci l’ayant délaissé, c’est un gestionnaire privé qui a repris la gestion de la manufacture de thé. Il produit plusieurs types de thé ; 1st flush vert et noir, 2nd flush, blanc, monssoon flush et automn flush.
Enfin j’ai la confirmation de ce qu’est le golden black tea ; il s’agit de la récolte soit du bourgeon et des deux premières feuilles soit seulement du bourgeon à partir duquel est fabriqué ce thé couleur or et aux arômes si particuliers. Toute la subtilité de ce thé provient de son oxydation. En l’occurrence le thé, après avoir passé l’étape du flétrissage, est déposé dans des tapis en bambou pour son oxydation. Petite découverte pour moi, j’apprends que ce thé est fait localement à partir de la récolte de juillet et non pas d’automne.
14H45, après avoir visité la manufacture de thé, Kusal Rai me propose une vraie dégustation de thé. On sent qu’il est vraiment investi. Qui plus est son parcours de tea maker est plutôt atypique. Il faut savoir qu’en Inde dans les fermes de thé il existe un esprit d’entreprise très « familial » ; les places dans les corps de métiers sont garanties de père en fils. La contrepartie c’est que tout le système est extrêmement cloisonné. Un cueilleur de thé est voué à rester dans les jardins de thé toute sa vie sans goûter la transformation du produit de son labeur. Celui qui travaille dans l’usine à la transformation du thé n’ira jamais dans les jardins de thé. Tous ces univers pourtant si interconnectés ne se croisent jamais. Le père de Kusal Rai ainsi que son grand père étaient cueilleurs de thé dans le Darjeeling. Il était donc prédestiné à suivre la même voie, mais il a fait le choix de suivre un diplôme de « management » en thé et de travailler la nuit à la manufacture de thé. C’est donc ainsi qu’il est devenu tea maker. Après avoir travaillé 8 ans dans les jardins de Darjeeling il est arrivé au Népal et a pris la tête de la gestion du thé des jardins de Lwang.
15H dégustation de thé : dans l’ordre thé blanc, golden tea, muscatel, gâteau de thé, thé noir, thé vert. La préparation est très cérémonieuse. Le plaisir est de sentir tous les arômes avant de goûter le thé. Ma préférence va au thé muscatel qui tire sur des arômes de raisin vinifié, une très belle découverte. J’apprends beaucoup de choses, notamment le fait que la robe du thé et son astringence va dépendre du taux d’humidité de l’air et de la température d’ébullition de l’eau.
15H30, passé cette belle parenthèse, retour au village. Mon dos vient de me lancer une alerte.
16H00 ce ne sont plus des alertes mais des messages clairs. Mon dos est bloqué, j’ai dû abuser avec mon sac.
17H00 ça y est le soleil vient de se coucher, j’ai espoir de passer une bonne nuit malgré le mal de dos.
18H00 grande désillusion. C’est jour de fête. Les népalais qui viennent d’arriver sont de sortie avec des ampli et une musique que je ne supporte plus.
22H00 la musique continue de plus belle, heureusement le tenancier m’a dit qu’à 23H ils arrêtent le son.
23H ils ont arrêté, mais maintenant c’est la guitare plus la musique des voisins qui prends le dessus. Décidément la nuit va être pourrie
8H00 du matin, après cette nuit difficile je décide de boucler bagage. Heureusement une étrangère qui était en randonnée accepte de me prendre dans sa jeep pour retourner sur Pokhara.
Lwang c’était chouette pour le thé, mais pour le reste j’y ai laissé quelques plumes. Peut être le signe que je dois bientôt bouger !



























Commentaires