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Les arbres à thé de 1000 ans

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 16 janv.
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours


Phontsavan, en plus de la guerre, est réputé pour ses théiers anciens et cachés. Certains ont plus de 1000 ans. Ils sont aujourd’hui en partis exploités pour les chinois. J’ai hâte de les découvrir. Ce que je pensais être une mission facile s’est révélé être une mission difficile.


La première fois que j’ai entendu parler de ces vieux arbres, c’était à Luang Prabang, la seule indication c’est qu’il faut aller à Phou San. Je croyais que c’était un village, mais en fait c’est beaucoup plus vaste. C’est une montagne perdue au Nord Est de Phontsavan. Essayez de taper Phou San sur un moteur de recherche cartographique et vous ne trouverez pas grand-chose, surtout vous ne verrez pas grand-chose.


La seconde étape est de trouver le village le plus proche. Selon les personnes à qui j’ai demandé, le village a pris plusieurs noms : or uhn, oh an, mais tant est si bien qu’impossible à repérer sur une carte. La personne qui m’hébergeait a été juste capable de m’indiquer la route principale et de partir à l’Est. Il en faut plus pour m’abattre. L’aventure c’est de trouver son chemin quand on est perdu !


Jour J, je décide de partir. Il va me falloir dépasser mes craintes en louant un scooter, mais à la dernière minute petit changement de programme, un compagnon d’hôtel, Hang, qui est en attente de la prolongation de visa et qui s’ennuie, se propose de m’accompagner. Pour le coup, alors que je m’apprêtais à louer un scooter tout seul, nous voilà donc à partir à deux ; lui en pilote principal et moi en copilote et second conducteur pour les barrages de policiers qui ont une tendance marquée à pénaliser et arrêter les conducteurs asiatiques étrangers.


Après plus d’une heure de route nous arrivons devant le seul élément tangible que j’ai trouvé sur la carte, une grosse manufacture de thé tenue par des chinois. Je souhaite la visiter, mais toutes les machines sont à l’arrêt et nous ne voyons personne.



Finalement nous pénétrons dans l’entreprise et découvrons quatre jeunes filles adorables en charge d’accueillir les clients. Tout est écrit en chinois. L’entreprise, la plus grosse du secteur, est entièrement dédiée à la vente de thé à la Chine. Les chinois apprécient fortement les vieux thés du secteur. Il s’agit de théiers anciens vieux de plus de centaine d’année. L’essence endémique exploitée est le Camilla Assanica.


Nous avons droit à une dégustation de thé jaune et rouge. La technique chinoise est très particulière. On fait chauffer l’eau à bonne température (90°c pour les thés noirs et rouges) puis on la verse dans une tasse contenant des feuilles de thé 5 secondes et on jette l’eau. On ré-infuse 10 secondes à bonne température puis on transvase le contenu dans une seconde tasse sans les feuilles. C’est la première dégustation de thé. On peut reproduire cette infusion jusqu’à 10 fois en infusant quelques secondes de plus à chaque fois. Le thé rouge à des arômes particuliers qui tire sur le sous-bois, note de cuir, boisé et d’humus mais tout en finesse. L’astringence, l’amertume ne prennent pas le dessus, c’est assez agréable. Je suis conquis, me voilà avec une poche de 250g de vieux thé (400 ans).



Les jeunes filles qui nous servent sont adorables, mais je suis quand même choqué par leur âge, elles n’ont même pas 15 ans. Elles nous autorisent à visiter la manufacture de thé. Celle-ci est grande, on retrouve des tables de fermentation et de séchage de thé, les machines pour rouler le thé et celles pour griller de thé. Cette exploitation est impersonnelle mais on y retrouve le côté rationnel, pragmatique et opérationnel chinois. Le thé est vendu plus de 70 euros le kilos ce qui est vraiment cher. Autant dire que ce thé en occident doit valoir pas loin de 70 euros les 100g.


Après cette halte, Hang et moi-même décidons de poursuivre la piste de terre en direction du thé. Après 30mn de route je crois apercevoir sur le côté des jardins de thé. Nous sommes sur la bonne piste. Quelques minutes plus tard nous commençons à traverser des micro-fermes de thé. Après avoir entamé la conversation avec une fermière locale en chemin avec ses trois enfants sur sa moto, celle-ci accepte de nous faire visiter sa manufacture de thé. Elle est constituée de clés de séchage, d’un plancher pour la fermentation de thé, de fours en bois pour le séchage et de machines pour le roulage du thé.


Cette halte au jugé se révèle être plus que fructueuse. Après avoir gouté son thé nous lui faisons comprendre par le langage des mains que l’on cherche les théiers vieux de 1000 ans. La fermière est adorable. Quelques minutes après avoir raccroché son téléphone elle nous annonce que son mari nous attend à 30mn de là pour nous amener aux fameux théiers. La chance nous sourit, mais le plus dur reste à faire. La route est extrêmement sinueuse, pentue et dangereuse. Le chemin fait à peine 50cm de large, autant dire qu’à deux en scooter c’est un vrai challenge. Heureusement Hang s’en sort très bien. Nous traversons des paysages vallonnés très beaux bordés d’arbres et de théiers éparses. Sur la route je découvre des abeilles Apis Laboriosa (abeille noire de l’himalaya). C’est une réelle surprise pour moi et un peu d’émotion, mais aussi une donnée importante. Je ne pensais pas revoir cette abeille que j’avais laissée au Népal.



Nous arrivons sur le plateau, encore 30mn à rouler dans une très belle forêt et nous voici enfin au lieu-dit. Entre plusieurs grands arbres, ils sont là, les deux spécimens vieux de 1000 ans. Ce sont des théiers qui ont la taille d’arbre. Ils font une trentaine de mètre de haut. Dur de les reconnaitre sans aide. Heureusement nous avons un guide. Toucher ces arbres qui ont plus de 1000 ans c’est quelque chose d’émouvant. Je me rends compte qu’ils sont le témoin du passé mais qu’ils seront également le marqueur du futur. Le kilo de feuilles de cet arbre se vend non transformer à plus de 100€. Mission accomplie. Cependant la journée n’aurait pas été complète si en rentrant nous n’avions été invités à un mariage et avions découvert à cette occasion qu’une des organisatrices du voyage s’avérait être la propriétaire des fameux arbres.



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