A Temi c’est en hiver que les cerisiers fleurissent
- L'Api Curieux

- 28 oct. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 nov. 2025

Temi, je m’y suis aventuré grâce à Anne qui en mentionnant que c’était le meilleur thé qu’elle a bu a stimulé ma curiosité pour ce lieu. Temi c’est tout d’abord un petit village fermier situé dans le Sud Sikkim qui a vu sa vie complétement bouleversée suite à une décision gouvernementale datant de 1969. En effet à cette date s’opère un changement radical avec la décision du gouvernement indien de créer sa propre fabrique de Thé. Pour ce faire il décide de délocaliser une partie des fermiers en leur octroyant une compensation financière et de lancer des plantations de thé à l’image de ce qui s’est fait dans le Darjeeling. Depuis Temi est devenu l’unique fabrique de thé gouvernementale présente dans l’État du Sikkim mais aussi un hot spot touristique pour les indiens, notamment en raison de la floraison des cerisiers dans les champs de thé.
Grâce à mon hôte qui est à la fois fermier mais qui a été aussi à la tête du conseil municipal, j’ai droit à une visite guidée personnalisée à l’intérieur de la fabrique de thé et aussi à une déambulation dans les jardins dont les couleurs sont rehaussées par les cerisiers en début de floraison.
La fabrique de Temi, tout comme celle de Makaibari ainsi que de l’Assam, est constituée de plusieurs machines : séchage à air, roulage, fermentation, séchage au feu et triage. Temi est plus reconnu pour son thé blanc, noir que vert. Ils cultivent de l’ordre de 90 tonnes de thé par an et l’exporte essentiellement aux États-Unis, Canada, Allemagne, Chine et Corée. A titre d’indicatif leur thé blanc se vend localement 30€ euros le kilos, je vous laisse imaginer à combien il se revend en Europe.
Ce qui me touche particulièrement dans cette manufacture c’est la zone de triage. En entrant dans cette pièce l’odeur de thé noir me saute au nez, la poussière de thé est partout, elle se pose sur mes vêtements, dans mes cheveux, dans mes narines, dans ma bouche, on l’inhale à proprement parler. Le bruit y est assourdissant et c’est lié au triage. Cela consiste en la sélection des feuilles selon quatre gabarits différents : feuilles entières, moitié de feuilles, feuilles brisées, feuilles concassées et/ou en poudre. Pour ce faire une machine bruyante constituée de plusieurs tamis de mailles différentes permet d’effectuer un triage grossier entre les quatre types de thé, mais le plus dur vient après.
Assise au sol sur des couvertures disséminée dans les quatre coins de la pièce, les jambes croisées ou allongées, se trouvent des femmes. Elles sont très belles. La couleur de leurs saris, jupes et foulards ; bleu, orange, argent, vert et leur sourire emplit cette pièce de chaleur et de lumière. Et il en faut de la chaleur, du courage pour faire ce qu’elles font. Chacune détient un plateau circulaire en zinc qui est en fait une sorte de tamis dont elles se servent pour trier plus finement chaque catégorie de feuille. Elles répètent inlassablement le même geste en faisant tout d’abord sauter les feuilles de thé d’un mouvement rotatif puis inclinent leur plateau vers le bas de manière à dissocier les grosses des petites feuilles. Ainsi le thé est finement trié, il ne reste plus qu’à l’empaqueter.
La répétition de ces gestes précis, le brouhaha des machines, la poudre de thé qui n’arrête pas de voler donne à cette scène un aspect hypnotique. J’ai l’impression d’être dans un autre univers ou le temps est mis en pause et je ne peux encore une fois qu’être admiratif du travail qu’elles réalisent malgré des conditions de travail qui me semblent bien difficiles.



































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