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Les ruches et leur exploitation dans le Nord Est de l’Inde

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 28 oct. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 nov. 2025


Au cours de mon séjour dans les États du Nord Est de l’Inde j’ai rencontré plusieurs types de ruche ; traditionnelles, modernes et mixtes. Je ne peux prétendre à couvrir l’exhaustivité de l’ensemble des ruches que l’on trouve en Inde, je ne relaierai donc que les informations que j’ai pu récupérer. Mes conclusions ne portent bien sûr que sur les États que j’ai visités et ne s’appliquent qu’à ce que j’ai vu et perçu du marché local. Des études plus poussées seraient nécessaires pour confirmer et ou infirmer ces premières pistes.


Les ruches modernes ou de type standard sont des ruches carrées en bois pouvant accueillir jusqu’à huit cadres pour les plus grandes et six cadres pour les petites. Elles sont destinées à l’Apis Cerana et peuvent être également utilisées pour les abeilles Mélipones, mais sans cadres bien sûr. Selon les exemplaires, les ruches contiennent ou pas un couvre cadre avec une aération grillagée, un toit et une hausse. Il est important de préciser que toutes ces ruches sont sur pieds ceux ci pouvant être immergés dans l’eau pour lutter contre les fourmis.



Dans ces ruches une des maladies que j’ai pu constater est la fausse teigne, la nosémose (problèmes intestinaux des abeilles) et une autre maladie qui est liée à la mite du pollen (mais que je n’ai jamais vu en France). Il est important de préciser qu’il n’existe que très peu de standardisation des produits de la ruche en Inde. Presque tous les apiculteurs que j’ai rencontrés dessinent leurs ruches eux-mêmes, cela peut créer des difficultés quant à l’écartement requis entre cadre (interstice de 0,8mm). Les cadres sont rarement équipés de fil de fer ce qui rend la pose de feuille de cire d’abeille plus complexe.




Concernant les abeilles Mélipones, les ruches modernes que j’ai vu sont en bois, rectangulaires et s’ouvrent en deux. A l’intérieur il existe deux compartiments ; celui qui fait 2/3 de l’espace est réservé au couvain, pollen et cire ; celui qui fait 1/3 de l’espace est réservé au stockage de miel.



Les ruches traditionnelles – essentiellement destinées à une production familiale et au renouvellement d’essaims – que j’ai pu rencontrer sont de quatre types ; ruches troncs couchées à l’horizontale pour l’Apis Cerena s’ouvrant des deux côtés avec l’entrée de la ruche située au milieu du tronc et/ou à l’extrémité, ruches troncs verticales pour les abeilles Mélipones s’ouvrant des deux côtés avec l’entrée de la ruche située au milieu du tronc, ruches pierre dans des murs faisant 60cm par 60cm, ruches rochers construites dans des rochers pour pouvoir accueillir des essais en migration ou en essaimage. Je n’avais jamais vu ce type de ruche par avant. J’ai trouvé cela particulièrement ingénieux, esthétique, peu coûteux en matériel et bien intégré à l’environnement.



Dans les zones rurales du Nord Est, grâce à le politique volontariste du gouvernement et à la culture locale, presque tous les foyers disposent d’une ruche traditionnelle. Afin de garantir l’étanchéité de celle-ci mais aussi pour jouer un rôle antiparasitaire, de répulsif anti-frelon et d’isolant thermique, cette ruche est enduite de bouse de vache.

La position horizontale semble favoriser l’entrée des abeilles et surtout permet de la hisser à hauteur, ce qui correspond mieux au besoin de l’Apis Cerena.



Les ruches mixtes ; la seule et unique ruche que j’ai rencontrée est une ruche faite d’argile. Le corps de la ruche a été moulé pour correspondre aux dimensions d’une ruche standard. A l’intérieur de la ruche a été moulé un espace pour que l’on puisse y poser tous les cadres. Cette Ruche est soit posée sur des pierres soit sur un socle en argile. Le toit de la ruche est lui par contre en bois, comme sur les ruches standards. Il en va de même pour la hausse.

J’ai trouvé cette ruche particulièrement esthétique. Qui plus est elle a été imaginée suite à un programme lancé par le gouvernement indien en partenariat avec l’Allemagne pour imaginer une ruche qui serait résiliente au changement climatique. Pour le coup cela me semble être un exemple à suivre. A cet égard la politique gouvernementale indienne me semble bien plus volontariste et accompagnatrice que la France. Dans toutes les zones rurales il y a cette volonté de favoriser l’apiculture, de former les gens. Cela se traduit par une sensibilisation obligatoire aux abeilles des collégiens et des sessions de sensibilisation à ceux faisant des études supérieures mais aussi aux fermiers.


Quelques autres éléments à retenir concernant les ruches ; la production oscille entre 4 et 10kg par ruche selon que l’on est en mode traditionnelle ou standard, le prix du miel lui oscille entre 20€ le Kg et 30€ selon qu’il s’agit de miel d’Apis Cerena ou de Mélipone ce qui est très cher au regard du coût de la vie. La différence de prix entre les deux espèces d’abeille s’explique par les qualités supposées du miel de Mélipone supérieures en terme médicinale et par sa difficile extraction. Enfin le prix s’explique aussi par le fait que le miel consommé dans le Nord Est de l’Inde l’est essentiellement en raison de ses vertus médicinales. On le consomme pour le mal de gorge et on se l’enduit en cas de problème de peau ou de piqûres ou pour se faire des masques.


La difficulté majeure que j’ai pu observer est la conservation du miel. L’exploitation étant souvent le cas de petits fermiers, ils ne disposent pas d’outils pour mesurer le taux d’humidité et s’assurer que leur miel ne détient pas plus de 18% d’humidité. Par ailleurs ils ne disposent pas forcément de système de mise en pot et de conservation adéquate permettant de limiter les risques d’humidité ce qui nuit à la qualité de leur production.


Pour conclure sur l’apiculture dans cette région, je dirai que grâce à la politique volontariste de l’État indien et à la disponibilité en masse de ressources naturelles non polluées et d’essaims sauvages d’Apis Cerena qu’elle a un bel avenir devant elle. Cette apiculture est vouée à se normaliser, se développer et à s’intensifier d’autant plus si le marché s’ouvre à la consommation pour le plaisir gustatif et pas que pour des raisons médicales.


Une des limites de ce développement est cependant liée à la difficile standardisation du matériel – il existe très peu d’industriels permettant d’approvisionner le marché local – et à son coût, mais aussi au manque de connaissance des petits apiculteurs quant à la gestion de leurs colonies et à leur capacité à mettre en pot du miel dans des conditions permettant de le conserver durablement et avec un taux d’humidité maximum de 19%. Une autre limite est le risque induit par la déforestation et la monoculture forestière sur la pérennité des colonies sauvages.


Cependant, compte tenu des moyens engagés et de la dynamique portée par le gouvernement, même s’il reste beaucoup à faire, le système actuel devrait vite évoluer vers une plus forte professionnalisation qui t’elle qu’elle est pratiquée aujourd’hui ; c’est-à-dire sans nourrissage, pas de traitement chimique et pose d’une seule hausse, ne pourra qu’améliorer la gestion des abeilles et des produits de la ruche et éviter ainsi la destruction de colonies sauvages au moment de la récolte du miel (notamment dans les ruches traditionnelles par méconnaissance du fonctionnement d’une colonie d’abeille).

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