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Les aînés au Japon...

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 3 juin
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 juin


Le 15/05/2026,


Le Japon réserve beaucoup de surprises, une des plus flagrantes pour moi est la part de personnes âgées représentées dans la population. Au marché, dans les commerces, dans la rua, la part de personnes âgées et plutôt en bonne santé est flagrante. On pourrait avoir une image d’Épinal du Japon et croire que les personnes âgées vivent et bénéficient paisiblement d’une retraite dans leur maison et campagne traditionnelle. Du moins c’est celle que j’avais avant de découvrir le Japon. Passé un certain âge et quand on a consacré une grosse partie de sa vie à travailler, le chemin logique me semble être celui de s’occuper de soi et de laisser la place aux autres en leur montrant le chemin. Qui plus est après un certain âge je pense que le facteur travail représente un vrai risque pour la société d’autant plus si les conditions de travail ne sont pas adaptées. Au final le Japon est venu interpeller de plein fouet mes croyances.


Nous étions dans le train grande vitesse, le fameux Shikansen, à destination de Fukushima. Un moment la porte du wagon s’ouvre et je vois passer devant moi un policier au ralenti courbé sous un poids invisible. Je le voyais là avancer le plus rapidement possible pour lui mais ça me semblait à moi une éternité, et je compris soudain que s’il avançait si lentement c’était parce qu’il était courbé sous le poids…de son gilet pare-balles. Un policier qui n’arrive pas à porter son gilet pare-balles, comment pourrait il être efficace en opération ? J’avoue qu’un instant je fus déstabilisé par cette vision.


Je pensais que c’était un cas unique, mais pas du tout, plus on avançait dans le voyage plus je me rendais compte de la part des personnes âgées dans le milieu professionnel. C’est certes une très bonne chose pour maintenir le lien social, le dévouement, l’empathie envers les autres et la société, mais quand le préposé au parking à 70 ans, qu’il a du mal à tenir son bâton d’orientation, quand le conducteur de travaux dépasse allégrement les 67 ans et que ce sont ces collègues qui doivent faire le travail physique à sa place, quand le caissier à plus de 70 ans et doit fonctionner avec des outils informatiques pas adaptés à ses yeux, quand la préposée à la poste n’arrive pas à lire une étiquette, je ne peux être qu’interpellé.



Je pensais me tromper et ne voir que des cas isolés, mais pas du tout. Dans chaque ville nous avons été confrontés à cette réalité ; une part importante de personnes âgées fort sympathique d’ailleurs mais pas forcément fort efficace travaillant sur des postes de travail aussi divers que caissiers, gardien de chantier, policier, conseiller, ouvrier. Quel type de société mobilise les plus de 67 ans jusque 75 ans pour travailler dans des conditions difficiles, non adaptées et qui peuvent être préjudiciables à la santé du travailleur et potentiellement dangereux pour les autres ? En voyant tout cela je ne peux m’empêcher de m’interroger et de me poser la question du pourquoi. Est-ce parce que le système social a échoué et que les personnes âgées ne peuvent pas subvenir à leurs besoins sans travailler, est-ce par dévouement, est ce par rupture du lien social ?


Je n’ai pas la réponse, mais ce que j’ai vu m’interroge forcément sur la construction de notre futur. Notre société occidentale est vieillissante, c’est indéniable. Cela représente un fort enjeu en matière de soins, d’accompagnement social, de liens et de gestion du bâti et des espaces publics et privés. Mais dans un univers ultra individualisé ou la mort et la maladie sont désormais cachés, ou l’individu n’est réduit qu’à sa part de productivité « brute », comment maintenir et refaire naître ce lien ?

 


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