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Les abeilles de Taïwan...

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture


Puli - 27 mai 2026,


Taïwan c’est une île qui alterne climat tropical et subtropical. La végétation y est dense et touffue. On y trouve beaucoup d’arbres fruitiers ; bananiers, manguiers, kumquat, goyaviers, litchis, longanes, mais aussi des frangipaniers, des magnolias et bien sur des théiers (dont les abeilles raffolent du pollen) et plants potagers. Le profil idéal pour accueillir des abeilles. Alors pourquoi quand je me suis promené sur cette île j’ai été saisi par l’absence abyssale des abeilles. Je pensais que dans la forêt, dans la jungle, au petit matin ou en début d’après-midi qui sont les heures les plus propices au butinage, je verrai plein d’abeilles. Mais non. J’avais beau me promener, m’approcher des arbres et plantes en fleurs, je n’entendais que très peu de bourdonnement joyeux. Il me fallait me rendre à l’évidence, les abeilles semblaient être globalement absentes de mon environnement.



Pourtant une petite recherche en amont m’avait permis d’identifier localement trois types d’abeilles ; l’apis cerena (abeille endémique), l’apis mellifera, plus exactement la sous espèce italienne (apis mellifera ligustica) introduit par les japonais au début du XXième siècle pour des questions de rendement, et les abeilles mélipones. Dans mes tribulations j’ai heureusement un jour découvert quelques apis cerena mais au regard de ce que j’ai vu dans les mêmes conditions dans d’autres pays, elles me semblent quasi inexistantes. N’ayant pas visité toute l’île, je ne peux être catégorique, cependant la littérature sur le sujet va vraiment dans ce sens. L’apis cerena à Taïwan est en déclin croissant et ce depuis l’introduction de l’apis mellifera. Faut-il y voir une relation de cause à effet, sans doute, mais je ne saurai être catégorique. Mais une chose est sûre, la concurrence entre abeilles, l’industrialisation, la pollution et les pesticides (dans les fruitiers, l’exploitation des pousses de bamboo, le riz, le thé et le café) sont clairement des facteurs impactant les abeilles. Un exemple est cette ruche que j’ai vu à Puli avec une forte mortalité à l’entrée de la ruche et un comportement étrange ; tremblement, perte de l’orientation, perte d’équilibre, symptômes que l’on retrouve beaucoup en cas d’empoisonnement aux pesticides. Or le thé que l’on retrouve en grande quantité autour de Puli est une des principales sources de Pollen des abeilles. Le rapport cause à effet me semble entendu.


A Taïwan j’ai pu aussi noter que l’exploitation des abeilles natives est quasi inexistante. Seules quelques personnes, généralement issues des communautés autochtones, disposent encore de ruches traditionnelles. L’ensemble de la production apicole se fait à partir de l’abeille italienne et est très intensive. Les récoltes de miel peuvent avoir lieu toutes les six semaines. Par ailleurs afin de gagner en productivité le miel est directement récolté dans le corps de la ruche. Cela est forcément perturbant pour les abeilles, d’autant plus que les reines sont changées très rapidement, des fois au bout même d’un an.


Grâce à Ralph mon collègue chercheur et apiculteur, j’ai eu la chance d’assister à une récolte de miel d’abeilles italiennes. L’exploitation que nous avons visitée était très professionnelle et mécanisée.



Pour extraire le miel une équipe était dédiée à la récolte des cadres, une autre équipe à l’extraction et une autre au port des cadres. Afin d’accélérer le stockage du miel celui-ci était directement filtré et mis grâce à une pompe en tank.


Le seul bémol c’est que comme le miel est directement récolté dans le corps de la ruche, celui-ci contient beaucoup plus d’impuretés, des restes de larve, du pollen, du pain d’abeille et pour couronner le tout il n’est pas complètement operculé. Autrement dit ce qui est récolté peut des fois plus s’apparenter à du nectar qu’à du miel. En conséquence le miel récolté doit donc être chauffé et refiltré avant d’être commercialisé, ceci afin d’éviter qu’il ne parte en fermentation. La température de chauffe est de 60 degrés. Seulement les experts s’accordent pour dire qu’à cette température les propriétés du miel sont détruites. Dès lors encore une fois se pose la question de la quantité, de la rentabilité versus la qualité et le respect du vivant. Une question de revenus, de choix, de valeurs et certainement de conditionnement dont les conséquences peuvent des fois être irrémédiables. A chacun dès lors d’agir en conscience et en état de cause.

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