L'île d’Hokkaido...
- L'Api Curieux

- 10 juin
- 3 min de lecture

Hokkaido, du 29 avril au 7 mai,
Finalement on les a vu les cerisiers. C’est à Sapporo sur l’île d’Hokkaido dans un des parcs communaux qu’ils nous sont apparus drapés de blanc, rose, beige dans toute leur palette. Il faisait légèrement froid, une quinzaine de degrés et les cerisiers étaient là nous entourant de leur couleur. Dans le ciel bleu et froid, cela était juste splendide. Les cerisiers représentent la beauté éphémère de toute chose mais qui se renouvèle annuellement. Cela correspond bien à Sapporo.
Cette île m’a émue. Au-delà des cerisiers, des couleurs, du fait de la présence d’un peuple autochtone (les Ainus que l’on retrouve aussi en Russie), de l’océan il y a plusieurs choses qui m’ont touchées. Tout d’abord son organisation architecturale ; de grands boulevards ouverts avec quelques parcs. Cela m’a rappelé les grands boulevards canadiens. Avec le ciel bleu et le froid mordant j’avais par moment l’impression de me retrouver à Québec. Moment de nostalgie, à chaque fois que je me replonge dans cette page j’ai envie d’y retourner et de la réécrire.
Sapporo c’est aussi un peu le bout du monde enfin mon bout du monde à moi. Il y a déjà presque dix ans que je m’étais retrouvé de l’autre côté. Cet autre côté c’était le bout de la Russie, Vladivostok puis le Kamchatka. Pour moi le début et la fin du monde. Je venais de terminer une boucle autour du monde. Il ne me restait qu’à traverser l’océan pour finalement atteindre les Amériques et le Canada, là où j’avais fait mes études. D’ouest en est j’avais progressivement traversé presque tous les pays et cultures qui menaient à la Russie pour finalement atteindre le Kamchatka et de là contempler la mer du Japon. Le Japon était alors si proche et si loin. De Sapporo je l’ai contemplé, mais de l’autre côté de la mer. Cela m’a fait bizarre comme si rien n’avait changé et pourtant tout a changé.
Hokkaido c’est aussi les ports, les sushis, les balades dans les bois, la bière, le second plus gros volcan du Japon – le mont Yōtei – et le whisky. Je me souviens de cette soirée improbable ou on s’est retrouvé avec mon avis Chris à siroter ensemble dans un bar enfumé avec plus d’une centaine de bouteilles posée sur le comptoir deux ou trois whiskys. Moment mémorable tout droit sorti d’un vieux film des années 70 le tout sous un air de jazz japonais.
Hokkaido c’est aussi les ours. Cet animal m’attire. Je le trouve majestueux. Il ne s’agit pas seulement de force, de puissance, mais surtout d’ancrage. L’ours pour moi est le lien évident entre la terre, les airs et l’eau. A la fois chasseur, cueilleur, nageur il est un des animaux le plus complet. C’est un animal qu’on pourrait dire presque totem. Je rêve d’en voir. J’en ai peut-être une vision poétique. Chris en a plutôt une vision pragmatique. Lorsque nous sommes partis nous promener il y avait quelques panneaux écrits : attention ours sortant d’hibernation. Personnellement c’est le genre de chose auxquels je fais attention mais seulement de loin. Chris est un peu plus pragmatique que moi. Avant de partir il s’était renseigné sur le sujet. Au Japon il y a eu quelques attaques mortelles liées aux ours, essentiellement à la sortie de l’Hiver. Souvent la faute de l’homme, des fois par inattention, d’autres fois par inadvertance.
J’ai tendance à croire que si on fait attention il ne peut y avoir de problèmes. En théorie oui, en pratique c’est plus délicat. Alors Chris a pris les devants. Je l’ai surnommé la fée clochette. A Sapporo dans un magasin il a acheté une clochette avec un os de rennes qu’il a fixé sur son baluchon. Quand il marchait devant j’entendais joyeusement sa cloche retentir. Alors que nous nous promenions à côté d’Otaru nous avons vu, vous croyiez que j’allais dire un ours, eh ben non. Nous avons vu des arbres dont l’écorce venait d’être mangée sur plus de 2m de longueur. Il semblerait que l’écorce d’arbre dans laquelle se loge quelques fourmis et autres insectes fasse partie du repas de l’ours à la sortie de l’hiver. Nous avons donc vu de nombreux arbres à l’écorce entamée. Un signe certain de la présence d’ours en activité. Mais pas d’ours, légère déception pour moi et soulagement pour Chris. Peut-être la fée clochette a-t-elle jouée son rôle en annonçant notre venue. J’imagine que derrière une déception il peut se cacher une chance. Quoi qu’il en soit ce fut une belle randonnée que nous avons conclue par des bains d’eau chaude en plein air.



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