L’essentiel est dans le thé
- L'Api Curieux

- 27 janv.
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 févr.

Avant de quitter Champasak au Laos j’ai rencontré Gilbert. C’est à la fois le gérant de l’hôtel où je résidais et dont le mantra était le retour au calme et un fin connaisseur de thé. C’est la première fois que je rencontre un européen, qui plus est un français, aussi calé dans le thé. Son expérience il l’a tirée de la rencontre et d’un parcours de vie avec une chinoise amatrice de thé et de sa recherche de calme et de retour à l’instant présent.
Nous avons parlé peu, mais j’ai beaucoup appris à travers lui, ses paroles et ses gestes qui sont cohérents avec la philosophie du thé. Pour lui le thé ramène à l’essentiel, à l’instant présent, au temps calme. C’est un médiateur qui amène à se recentrer et juste être. Le thé lui a donc servi comme outil pour revenir à soi et reprendre une respiration dans son quotidien. Ainsi qu’il me l’a expliqué la recherche du thé est un chemin long qui invite à travailler sur l’excellence, la patience et ses limites.
Suivre le chemin du thé c’est aussi faire face à ses frustrations, c’est accepter la temporalité du monde. En effet un thé, selon le degré d’humidité de conservation, la qualité de l’eau, la température d’ébullition, le temps d’infusion, le type de vaisselle utilisé, sa forme, son épaisseur, aura une texture et un goût particulier. Retrouver à chaque fois la quintessence du thé devient donc très difficile. Une tasse fine donnera un aspect très rond au palais avec une explosion de goût en bouche mais sera très volatile et sans longueur en bouche ; une tasse avec les bords excurvés fera ressortir les arômes sucrés, fruité ; une tasse avec les bords incurvés mettra en exergue l’amertume. La recherche de l’excellence du thé demande donc de la rigueur, de la patience et d’être centré. Quand toutes les conditions sont réunies on peut entendre d’après Gilbert le thé chanter, c’est-à-dire qu'il émane de lui que ce soit à l'odeur, au goût, au toucher toute la quintessence de ses arômes.
Une fois que l’on a recherché et atteint cette excellence il peut être très difficile de la retrouver. Cela nous amène dès lors à travailler sur notre frustration et à revoir notre rapport au monde dans toute sa complexe simplicité.
Dès lors le chemin ultime que nous donne le thé est celui de l’acceptation. Acceptation que l’on ne peut pas tout contrôler, acceptation de la non perfection, acceptation de la temporalité, acceptation du mystère, acceptation de l’unicité du temps présent.





Commentaires