Chérie peux tu demander du papier toilette,...
- L'Api Curieux

- 19 juil.
- 3 min de lecture

Bali, le 4 Juillet 2026,
Alors que je rentrais de ma sortie de Snorkeling, j’étais tranquillement assis en attaquant mes beignets d’ananas quand je fus alerté par une conversation à mes côtés. Un couple de touriste avec leurs enfants s’exprimant en anglais, probablement venant des Etats-Unis ou de Nouvelle Zélande, après avoir garé leur petite voiture électrique, avaient décidé de prendre une pause bienvenue dans le même bar de plage que le mien.
Mon attention fut attirée car le père de cette fratrie souhaitait utiliser les toilettes de l’établissement, il s’en vint donc quérir auprès de l’hôtesse la direction des cabinets. Cela s’emblait-il une affaire urgente.
De mon côté j’attendais avec impatience la suite car il se trouve que le cabinet je l’avais déjà fréquenté. Une porte d’à peine 1m70 vous permet de rentrer dans des toilettes propres mais succinctes. Il s’agit d’un modèle daté au carbone quarante à je dirais la fin des années 30 mais toujours très d’actualité en Inde et que j’ai ardemment fréquenté.
La spécificité de ces toilettes est qu’ils demandent des articulations en béton, une souplesse des genoux et un peu de lâcher prise. Vous l’aurez compris ces toilettes sont juste constituées d’un simple bac ou siège posé à même le sol. Ils peuvent être à certains égards bien déroutants pour des occidentaux.
J’attendais donc la suite avec impatience. Une toilette peut cacher plusieurs histoires. Bref ce monsieur bien bâti et d’une taille remarquable, même pour un anglo-saxon – je dirais de l’ordre de deux mètres – pénétra dans les toilettes, je commençais à peine à compatir pour lui en pensant aux difficultés qu’il aurait à s’abaisser et rester en position assise pour mener à bien son affaire que le voilà qu’il ressort aussi promptement qu’il est rentré en prononçant la phrase inéluctable dans ces situations : « chérie peux-tu demander du papier toilette à l’hôtesse d’accueil ? ».
Un petit éclaircissement me semble nécessaire à la compréhension de la situation par le lecteur. Les toilettes telles que je vous les ai décrites sont donc des toilettes de type bac, posé à même le sol, mais elles ont une spécificité : tout comme en Inde, il n’y a pas de papier toilette. Seule la main gauche est utilisée pour se nettoyer après avoir accomplis sa tâche. Inutile de vous dire la situation de stress dans laquelle devait se trouver ce touriste. Il conservait malgré tout une certaine dignité, enfin plutôt sa femme car c’est elle qui avait la lourde tâche de trouver du papier pour qu’il puisse s’essuyer.
En mon for intérieur, ayant déjà connu cette situation, mais ayant su m’adapter aux coutumes locales je ne pouvais que compatir à la situation et en même temps en rire. Je crois que pour mon alter-ego la situation était beaucoup moins drôle et qu’elle restera gravée en lui.
Je n’ai pas eu l’audace de lui demander comment c’était passée son aventure, mais à son regard, je compris tout le désespoir dans lequel cette situation l’avait amenée et toute l’incompréhension face à un pays qu’il n’avait connu qu’à travers les magazines de surf, la diaspora anglo-saxonne, les chaines télés. On lui avait vanté le surf, les plages, les coraux, les cocktails au coucher de soleil, l’eau turquoise, les noix de cocos, mais il n’était pas préparé à rencontrer la vraie réalité de la vie locale et à se confronter à cet autre monde dont il n’en n’avait même pas eu cure.



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