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Chez les hmongs

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 16 avr.
  • 6 min de lecture

J’étais à Nghia Lo et avais décidé d’en profiter pour faire une excursion de deux nuits au sein des fameux thés anciens de la région de Suoi Giang peuplé par les ethnies Hmongs. Tout s’annonçait sous de beaux auspices. Le guide que j’avais contacté et avec qui j’avais déjà eu affaire m’emmena dans une maison d’hôte typique. Comme beaucoup de maison locale hmong elle produisait son propre thé et disposait de quelques lits en dortoir situé à l’étage.



A l’image du Laos et du Cambodge, la maison était tout en bois, ouverte au rez-de-chaussée et à moitié fermée à l’étage accueillant le dortoir. Par contre c’est la première fois que je voyais des tuiles traditionnelles en bois, typique des maisons d’ici. Le Rez de chaussée était celui de la famille où vivait les grands-parents, enfants et petits-enfants. L’étage était composé de huit espace accueillant chacun une sorte de paillasse, futon posé à même le sol. Des rideaux traditionnels en tissus brodés de couleur bleu et noir faisaient la séparation entre chaque espace et créait un semblant d’intimité.



Quand je suis arrivé il n’y avait personne qui occupait le dortoir et je n’ai pas pu m’empêcher de pousser un soupir de soulagement ; la température était relativement fraîche (26 degrés en journée), la nuit s’annonçait plutôt bonne.


Une fois mes bagages déposés, j’ai eu droit à un accueil par du thé local et de la musique traditionnelle hmong jouée avec une double flûte en bambou (Raj). J’ai pu, après avoir assisté à la cérémonie du thé, goûter du thé rouge (oxydé et fermenté), vert (dont on a stoppé l’oxydation), blanc (naturellement oxydé au soleil sans aucun autre procédé) et noir (oxydé à cent pourcent). Après la dégustation le fils de la maison m’a présenté la manufacture de thé et m’a montré les différents thés qu’il fabriquait en m’expliquant le divers degré d’oxydation et de fermentation de chacun. A noter qu’ils n’utilisent une poêle chauffée au feu de bois pour sécher le thé que quand ils ont une petite quantité de thé à fabriquer. Pour laisser le thé noir s’oxyder un tamis sera par contre utilisé et une machine moderne sera usitée pour le séchage de grande quantité de thé (température à 280 degrés celsius). La particularité et complexité vient dans le processus de fermentation de thé ; cela concerne le thé jaune, rouge et le Puerh. A noter que l’appellation des différents thés, dans leur dénomination ; blanc, vert, jaune, rouge, noir correspond à leur couleur de robe. C’était pour moi une arrivée on ne peut mieux réussie, mais un équilibre est malheureusement toujours incertain.



En rentrant de ma balade j’ai la surprise de découvrir de nouvelles personnes dans la chambre d’hôte. Il s’agit de journalistes de la chaine de télévision TV1 en reportage vidéo et photo sur les ethnies au Vietnam. Dans le cadre de leur reportage photo ils se sont arrêtés au même endroit que moi. Ils sont plutôt gentils. L’équipe est constituée d’un gestionnaire de relation, du caméraman producteur, d’une secrétaire et du chauffeur qui est aussi le monsieur logistique du périple. La soirée s’annonce chaude et c’est peu de le dire.

Le jeune producteur m’explique qu’ils vont être ivres ce soir. Toutes mes illusions s’envolent. Moi qui pensais pouvoir être au calme et tranquille.



19H l’heure du repas a sonné, je descends, je suis invité à manger. Sur ma paillasse plusieurs petits plats ; légumes, viande, riz, piment, tout cela a l’air délicieux. Sur la paillasse voisine l’équipe de télévision s’installe. Au menu alcool de riz (de prune) et pot au feu vietnamien. Me voyant tout seul ils m’invitent à leur table ; ils sont tous là ainsi que les hôtes de la maisonnée. Le repas commence par un peu de music et s’en suis une série de toast.

Le toast revêt une symbolique forte au Vietnam. Les toasts sont soit collectifs, soit individuels. Ils prêtent toujours à l’échange de vœux, ou mots sympathiques ; « à la chance », « à la santé », « à la famille », « à la carrière » et impliquent une réciprocité. Quand on fait un toast, avant de boire le verre cul sec on le fait trinquer avec celui de son voisin toujours une main sous le coude en gage de respect, et après avoir bu on se sert la main. Il est assez commun de rendre le toast. Résultat en début de soirée l’ivresse fait vite son chemin. Ce fut le cas présent. En même pas une heure ce sont plus d’une dizaine de toast qui ont été portés (deux ou trois pichets d’alcool blanc ont facilement été consommés).



Conscient du danger que représente ces toasts pour ma santé mentale et physique, je décide unilatéralement de ne boire que la moitié de mon verre. Le subterfuge fonctionne même s’il me vaut quand même quelques remarques et n’empêche pas mes sympathiques voisins de me remplir régulièrement mon verre.


Sous l’effet de l’alcool la soirée s’emballe, place à ma hantise ; le karaoké vecteur de cohésion et signe de lien fort entre les membres d’une soirée. L’équipe télévision et les hôtes de maison sont à fond. L’œil brillant, le teint rouge, le rire haut et fort, je vois bien que l’alcool fait son effet. Il fait tellement bien de l’effet que mon voisin de gauche commence à devenir entreprenant.


Le Karaoké démarre, ici pas de gênes, chacun son tour les gens présents sont sommés de chanter. Le son est très fort pour moi ; associé aux paroles et cris stridents, ma tête subit gravement ce moment. Subrepticement j’essaye de couvrir mon oreille gauche la plus directement exposée aux enceintes de lma main pour essayer de la sauver de cette agression. Voilà mon tour de chanter, n’ayant aucune chanson en tête je choisis « mon mec à moi ». Chapeau l’artiste, étant le seul français présent et ne parlant pas le vietnamien je peux me lâcher et participer à ce moment historique ou j’ai chanté un karaoké dans un salon. Seul bémol mon voisin me filme, ce moment restera donc dans les annales des archives d’internet. Adieu discrétion et vive gloire indirecte.


A chaque chanson suit son lot de verres d’alcool. Mon voisin se sent poussé des ailes et m’invite à m’asseoir à côté de lui. Me voici à côté de lui, il passe sa main sur mes épaules, puis sur ma cuisse. Je commence à m’interroger sur ses attentions. Les vietnamiens ivres sont tactiles donc difficile de savoir ce qu’il en est. Mais dans le cas présent je crois bien que mon voisin cherche une relation un peu plus approfondie.


Il est courtois, sympathique, le visage fin, je pourrai même dire mignon, mais il est certain que nous ne partageons pas les mêmes orientations sexuelles ni les mêmes attentes. Quelques minutes plus tard, sous l’effet de l’ivresse, au moment où je vais me coucher, confirmation des attentes de mon voisin qui me demande s’il peut venir me rejoindre et dormir avec moi juste pour discuter. Réponse immédiate de ma part franche et ferme ; non. Le problème c’est que nous sommes en dortoir, j’espère bien qu’il ne tentera pas d’autres approches. En partant il me confie son amour ; « good night my lover ». C’est mignon mais j’aurais préféré que ça soit une femme qui me fasse cette déclaration.


Personne ne m’a suivi, j’espère que là-haut ça sera plus paisible. Malheureusement c’est sans tenir compte que le plancher est en bois et non isolé. Sans faire de jeux de mots on peut dire que la fête à mon grand déplaisir s’est invitée dans la chambre. Passons, me voilà sur ma dure paillasse en espérant pouvoir dormir. Manque de pot dans le lot il y avait un couple. Juste à ma gauche, certainement sous l’effet de l’alcool, voilà qu’ils s’ébattent joyeusement. Ils essayent d’être discrets mais quand votre couche est séparée de la couche voisine par un simple rideau et que la distance entre les deux lits est d’à peine un mètre, autant dire que vos oreilles, à défaut de vos yeux sont en premières loges.


Minuit est arrivé, ils ont fini, je vais donc pouvoir dormir. C’est sans compter la fin de la soirée et l’arrivée de toute l’équipe de télévision dans la chambre. Ils essayent de ne pas faire de bruit, mais c’est peine perdue. De mon côté après avoir essayé les bouchons d’oreille dont l’efficacité est dépassée par le bruit, je suis passé au réducteur de bruit.


Enfin me voilà prêt à dormir. La nuit est courte mais heureusement sans rencontre non inopportune. Je devais rester deux nuits, mais au vu de ma nuit, de mon mal de dos au réveil, je fais le choix à 16h après pris congé de mes hôtes de rentrer à Nghia Lo ou m’attend ma petite chambre de 7m² dans laquelle je me sens si bien.


Place au repos !

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