S 21 – Tulo Seng – Phnom Penh
- L'Api Curieux

- 19 févr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 1 mars

S pour sûreté et 21 pour le canal radio secret d’échange entre le camp et le gouvernement. S 21 est tristement connu pour avoir été une école transformée en centre de torture sous le régime de Pol Pot. Dans ce camp c’est plus de 18 000 personnes qui y perdirent la vie après avoir subi d’affreuses tortures. On ne dénombra que 12 survivants ; 8 adultes 4 enfants.

Je me devais y aller, pour la mémoire, pour l’histoire surtout quand le passé est si proche. Le régime de Pol Pot ça remonte à hier. 1975, Pol pot remporte la guerre contre le gouvernement républicain du Cambodge (soutenu par les Etats-Unis), le Cambodge est renommé Kampuecha Démocratique. En 48H toute la population de Phnom Penh soit 2,5 millions de personnes est évacuée sous motif d’un risque de bombardement des américains. Au final ça ne sera que le mouvement précurseur et justificatif d’un massacre de masse.
En quatre ans on estime le nombre là quatre millions de personnes qui ont été tués arbitrairement sous seul motif d’être un potentiel « ennemi » de la république soit en proportion presque 30 pourcent de la population totale. Les ennemis ce sont toutes les personnes qui étaient capables de réfléchir, de s’exprimer, qui avaient été en lien avec les américains, des vietnamiens, qui avaient des idées différentes et bien sur d’autres croyances religieuses. Porter des lunettes, arriver en retard, avoir une connaissance de langue étrangère, être fonctionnaire, être artiste, être différent, tout cela suffisait pour se faire exécuter.
Rentrer dans S 21 c’est avoir accès à une page d’horreur très récente. Je n’ai pas estimé nécessaire de lire, voir tous les témoignages des tortures, regarder tous les ossements et les traces de ces année d’horreur. Quelques éléments suffisent à se rendre compte de ce qu’était ce camp. Tout comme Auschwitz, ce qui frappe, c’est la normalité de l’horreur. Celle-ci ne se décline pas dans des lieux sordides, loin de la population. Non, elle est présente au coin de rue sous la forme la plus banale qui soit ; un lycée. Des fois c’est juste une université, d’autres fois un hôpital, mais souvent les lieux culturels. A travers mes différents voyages, quand j’ai touché de loin les vestiges de l’horreur humaine, ce qui m’a le plus frappé c’est que ce sont souvent ces espaces de créativité, d’intelligence collective qui ont été transformés en zone inhumaine.
De ma visite, au-delà du rappel des années les plus sombres du jeune Cambodge, il en ressort quand même quelque chose de positif. Dès la chute du régime de Pol Pot entrainée suite à l’intervention du Vietnam en 1979, ce centre de torture a été transformé en musée, mémorial. Même si le conflit local ne s’est pas pour autant arrêté et que les tensions ont perduré jusqu’à la fin des année 1990 avec le retrait des ingérences externes, la société cambodgienne a tenté de se relever et de mettre en place un travail de réconciliation. Elle a été aidée pour se faire par le soutien de la communauté internationale. La réconciliation a pu vraiment voir le jour suite à deux évènements marquants ; en 1999 la reddition des derniers bastions des khmers rouges et l’arrestation de Pol Pot ainsi que l’arrestation du tristement célèbre Duch, directeur du camp de concentration S 21 et instigateur des tortures, rend enfin possible le devoir de mémoire, de compréhension et de justice.
La chambre extraordinaire au sein des tribunaux cambodgiens, tribunal hybride crée en 2006 par le royaume du Cambodge et l’ONU aura eu cette lourde tâche que celle de juger les auteurs de ce génocide (terme officiellement utilisé).
Après avoir pris brièvement compte de cette histoire, je ne sais pas quoi rajouter. Avant de quitter le site je me suis arrêté devant le mur des vœux offerts par les visiteurs à toutes les personnes ayant subi ces atrocités. Un petit moment d’espoir face à la folie humaine. Que ces vœux nous servent de leçon pour le futur.









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