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Phontsavan

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 10 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 janv.


La ville centrale de la province du district de Xieng Khouang est à bien des égards surprenante. Elle peut sembler endormie, avachie, nonchalante, délaissée mais elle dispose de plusieurs atouts et d’une histoire marquée. Entourée de plaines, Phontsavan possède un patrimoine archéologique unique classé au patrimoine mondial de l’Unesco qui est nommé la plaine des jarres. Sur cette pleine légèrement surélevée se trouve des jarres ou amphores parfois montant jusqu’à 1m60, dotées de couvercles et datées de plus de 2500 ans. La fonction de ces jarres reste mystérieuse mais on sait qu’une partie d’entre elles ont servi d’urne funéraire. On y a ainsi retrouvé des ossements, bijoux, cendres et autres ornements. Trois sites sont concernés contenant en tout plusieurs centaines de jarres.



Depuis le Covid le tourisme a fui la ville. On n’y trouve que peu d’étrangers, avec le vent qui s’y engouffre cela lui donne un petit côté vieux western. Il faut se débrouiller par soi même pour atteindre les sites touristiques ; au choix la marche ou le scooter. J’ai eu la chance d’avoir pu faire du partage de moto avec un français qui a eu la gentillesse de m’amener derrière lui dans la plaine des jarres. Le site est impressionnant. Plusieurs centaines de jarres essentiellement taillées dans du calcaire de grès sont parsemées dans une plaine légèrement en altitude soumise aux affres du vent. Certaines sont plus grandes que moi. Les cadavres étaient déposés en posture assise dans les jarres avec des ornements pour leur rendre hommage. Elles étaient, semble-t-il, regroupées par ethnies, caste ou lien familiaux.


On ne peut évoquer la plaine des jarres sans mentionner la guerre d’Indochine et les bombardements américains. La plaine en porte encore tous les stigmates. Certaines jarres ont été détruites par les bombes, d’autres renversées. Les cratères, parfois de plusieurs mètres de diamètre, sont omniprésents autours des jarres. Cela donne un aspect particulier au paysage, comme un terrain de golf ou une carrière de mine. Sauf que là le paysage défiguré sous mes yeux provient de la guerre. Autour de la pleine des jarres se trouve aussi des collines. Leur sol est rouge, la végétation rase, rien ne semble pousser. Un souvenir de guerre ?



L’autre particularité de Phontsavan ce sont ses ornements fleuris et son recyclage. Devant les maisons, les halls d’entrée, les clôtures on retrouve plein de morceaux de métal servant au choix de pot pour les fleurs, de braseros, de soutien pour les clôtures ou simplement de décoration. Il s’agit du recyclage de la guerre. Les laotiens disposent d’une grande imagination pour recycler les tonnes de bombes reçues ; couteau, cuillère, cendrier, collier, instruments de cuisine pour ne citer qu’eux. Malheureusement cette réalité est toujours d’actualité. Les bombes sont toujours présentes dans le sol Laotien. Le Laos a été bombardé pendant 9 ans, 24 heures sur 24 et toutes les huit minutes. Plus de trois millions de bombes ont été larguées par les américains. Un chiffre démoniaque quand on sait qu’il est supérieur à l’ensemble des bombes déployées pendant la seconde guerre mondiale. Le résultat est sans équivoque, on estime à plus de 150 ans le temps nécessaire pour déminer ce pays.


Impossible de déambuler dans cette ville sans se rendre compte des méfaits de la guerre et du prix à en payer. Il serait de bon ton que tous les décideurs politiques, idéologue nauséabonds et agitateurs illettrés en tout genre fervent défenseur de la guerre fasse un stage pratique dans ce genre de lieu avant de prendre des décisions inconsidérées.

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