Le totalitarisme libertaire
- L'Api Curieux

- 20 févr.
- 2 min de lecture

Phnom Penh, 20 février, 8H30, je suis à la réception de mon hôtel et m’apprête à partir. A ma droite une jeune femme entre 25 et 30 ans. Sa conversation avec la réceptionniste attire mon attention. La réceptionniste : « pour aller au temple vous devez vous couvrir les épaules ». La jeune dame « heu non je n’ai pas d’habits ». Elle avait l’air de ne pas comprendre pourquoi il fallait se couvrir les épaules et ne pas être dénudée avant d’aller dans un temple. Elle n’avait même pas un châle ou un teeshirt à manche longue. C’est la réceptionniste qui lui a dépanné un pull. Ce qui me fait halluciner c’est que ça n’est même pas monté à l’esprit de cette jeune femme de se couvrir pour aller visiter un monument religieux alors que nous sommes dans un pays religieux.
Quelques heures plus tard me voici devant le tristement célèbre camp S 21. Célèbre car haut lieu de torture et d’exactions sous le régime de Pol Pot (1975 1979). A l’entrée de ce musée vivant témoins de ce génocide il est rappelé d’avoir des tenues décentes autrement dit être couvert et ne pas exposer des parties dénudées de son corps. Et là rebelote un nombre élevé de femmes se présentent le ventre à l’air, les épaules dénudés et en minijupe. Comparativement je n’ai pas vu d’hommes en marcel, torse nue ou chemise ouverte.
Dès lors je ne peux m’empêcher de m’interroger. Comment ça se fait que des personnes supposées éduquées au courant de l’histoire soient incapables de se rendre compte que par leur comportement vestimentaire dans les lieux sacrés et de mémoire elles portent atteinte à la dignité locale et offense les religions et croyances locales. Est-ce que le chemin vers la liberté les as amené tellement loin qu’elles ne se rendent même pas compte que leur comportement vestimentaire dans des lieux de culte et de mémoire est offensant.
Plus profondément je me demande s’il n’y a pas eu un basculement vers une forme de totalitarisme libertaire au détriment de la collectivité et des codes sociaux d’usage pour ce qui relève traditionnellement du sacré (mort, religion). Bien que la problématique vestimentaire concerne aussi bien les hommes que les femmes, j’observe en voyage dans des zones religieuse ou dans la rue plus de vêtements féminins non adaptés que masculins et cela quel que soit le pays visité. Au final il semblerait que le sacré est totalement disparu au profit de l’individu. Ce qui m’interpelle le plus c’est que ces comportements ne sont pas forcément liés à un statu financier, ils relèvent plus d’une absence totale de cadre social au profit de la toute-puissance de l’individu et d’une marchandisation du corps. Cela me donne le sentiment que l’on touche aux limites des excès de l’individualisme ayant des impacts plus déstructurant que structurant.
Cependant la bonne nouvelle c’est que l’absence totale de culture ou de connaissance de « codes sacrés » n’empêche pas cette population d’aller à la rencontre de l’histoire et j’espère d’en comprendre le sens. Au final par ces comportements, c’est peut-être « juste » une autre vision du respect du sacré et de la croyance qui s’exprime. On peut espérer que le fond demeure même si la forme est plus qu’interrogatrice.





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