top of page

L’humanité

  • Photo du rédacteur: L'Api Curieux
    L'Api Curieux
  • 13 janv.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 13 janv.


Voilà quelques années que je voyage. Je suis allé explorer l’Europe, l’Eurasie et maintenant l’Asie du Sud. Dans chaque pays je me suis intéressé aux cultures, à l’histoire, à la nourriture, au passé. Il m’apparaît de plus en plus certain que l’être humain est le même partout. Une frontière ne suffit pas à annihiler l’humanité. Je me souviens, étant allé de part et d’autre de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, avoir été surpris par la similitude de pratiques agricoles, d’alimentation et de comportements sociaux. Seule les dissociaient la religion. Depuis une autre guerre est passée par là.



En Bosnie Herzégovine, théâtre d’atrocités entre groupes ethniques et religieux à l’occasion de l’implosion de la Yougoslavie et de sa demande d’indépendance, lors d’un voyage d’étude sur la paix et les conflits (en 2003) j’ai croisé à Mostar des bosniaques (musulmans) et croates (catholiques). Tous deux depuis toujours autant irréconciliables. A l’époque, les ayant côtoyés séparément, j’ai été surpris de constater qu’ils se différenciaient peu. Les deux étaient très accueillants, heureux de partager des moments de fête. J’ai bu quelques bières avec chacun d’entre eux. Un de mes souvenirs heureux reste cette balade nocturne dans les rues mal éclairées de Mostar au son de Mostar Svedah Réunion et au rythme des barrages filtrant. Nous étions quatre dans la vieille Lada à parcourir les rues mal éclairées de cette ville encore meurtrie de sa dernière guerre. Notre périple nous a amené après avoir traversé un barrage bosniaque au sommet d’une colline de laquelle on voyait la ville partiellement éclairée une bière dans la main et la musique en arrière fond. Un moment en suspension.


Partout où je suis allé, que ce soit en Russie, dans les ex républiques soviétiques, dans les républiques caucasiennes, en Eurasie, ce sont les mêmes hommes qui se font la guerre. Et pourtant ils sont si proches aussi bien physiquement que dans leur manière de vivre, de pleurer, de rire, d’aimer, de travailler le sol et la terre.


Le Laos n’échappe pas à la litanies des peuples blessés, meurtris par la guerre. Un chiffre à retenir : 9 ans, 24h, 8mn. Pendant 9 ans toutes les 8mn une bombe est tombée sur le Laos. 30% des bombes n’ont pas explosées. Ce sont bien sur les enfants, les fermiers et les personnes les plus vulnérables qui ont le plus payé le prix de ce carnage. Depuis lors l’agresseur, pour le nommer, les Etats-Unis, se sont investis dans mission de déminage et de sensibilisation aux dangers des mines à travers deux ONG ; UXO et MEG. Il y a fort à faire puisque l’on estime qu’il faudra plus de 150 ans pour entièrement déminer le pays. Il est facile de détruire, beaucoup plus difficile de reconstruire.


A l’heure où j’écris ces lignes et me rappelant tous les pays que j’ai traversés qui sont ou ont été il n’y a pas si longtemps en proie à des conflits latents ou pérennes ; Russie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Bosnie-Herzégovine, Iran, Inde, Laos, je prends conscience de la chance que nous avons en Europe.

 

Dans un monde de plus en plus chaotique, où l’incertitude est reine et où voit les grands empires émerger et nier le droit international pour mieux assouvir leur désir de puissance et de pouvoir sans tenir compte de l’humanité, je me rends à quel point la situation de l’Europe de l’après-guerre est fragile et du privilège dont nous jouissons.

La liberté et la démocratie dont nous bénéficions est certainement perfectible, pleine d’incohérence, mais elle est tous les jours de plus en plus rognée par l’irresponsabilité de nos politiques et des médias qui manipulent bien mieux le fait divers, le sensationnalisme que la réalité, le pragmatisme et les décisions courageuses. Malgré tout ce système démocratique avec tous ses défauts est le seul aujourd’hui encore garant d’une vie de paix. Mais celle-ci se mérite.


De l’autre côté du monde dans des pays où les conflits sont plus récents, où les populations souffrent des conséquences de guerres portés par des extrémistes populistes démagogues sans scrupules avides de pouvoir, en voyant l’Europe, l’Occident et ses gouvernants s’orienter collectivement vers ces mêmes extrêmes, certains n’hésitant même plus à brandir directement des menaces contre leurs propres alliés et usant de la force au mépris du droit international, je me dis qu’ils ont oublié d’où ils viennent et quels sont les fondements qui leurs ont permis d’être ce qu’ils sont aujourd’hui et grâce à ce qui.


Se souvenir est peut-être l’unique outil dont nous disposons pour éviter de reproduire les erreurs passées.


Charge maintenant à chacun de prendre ses responsabilités et de les assumer !

Commentaires


bottom of page