Wallam Kupar Warji (Inde)
Fermier

Wallam Kupar Warji, c’est grâce à Franckie que je l’ai rencontré. Il a eu la gentillesse de m’amener chez lui. J’ai vécu deux jours dans sa ferme isolée en plein milieu de la jungle avec ses frères et ses amis. C’est une de mes plus belles rencontres de début de voyage, de celle qui vous plonge au cœur de l’aventure et qui vous permet de toucher du bout du doigt l’essence même du bonheur et ce dans un état du plus grand dénuement. Au contact de Wallam j’ai compris qu’une partie du bien être réside dans le fait d’être en harmonie avec sa nature profonde, son environnement et ses aspirations. Surtout plus que le comprendre je l’ai vécu. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel moment de plénitude.
C’est assez difficile de trouver les mots pour décrire Wallam ; à la fois humble, gentil, serviable, pédagogue, autoentrepreneur, inventeur, créateur, travailleur acharné, généreux et charismatique, il est tout ça à la fois et ça se ressent dans sa relation aux autres et la manière dont ils le suivent. Pour la rigueur, la précision et l’organisation de son travail, il me fait penser à un ami qui se reconnaîtra s’il lit ces lignes. Mauvais à l’école comme il le dit si bien lui-même, c’est sous l’impulsion et l’aide de son père qui a acheté un terrain en son nom en 2017 qu’il s’est lancé dans l’exploitation de sa ferme. Il a monté avec son père chaque pierre de son exploitation. Tout a été fait à la main ; du bâti d’habitation au bâti d’exploitation en passant par les sanitaires, les bancs, une partie des outils et ses ruches.
Située à Umdap, sa ferme dont le nom – IOALYN farm – est la contraction du nom de sa mère et de son père est une ferme en pluriactivité. Autodidacte, il est monté en compétences progressivement en s’autoformant sur internet mais aussi grâce à une formation en 2018 dans le Kerala concernant les abeilles mélipones. Il possède des poules locales (qui ont du mal à pondre), des arbres fruitiers ; bananiers, goyaviers, papayers, une plantation d’arbres à caoutchouc (première fois que j’en rencontre), une plantation de palmiers d’aréquiers (confère article un si beau sourire pour savoir son usage), des plants de café, des ananas, des fleurs, des piments, quelques légumiers et plus de 300 ruches d’abeilles mélipones. Le tout est situé en plein milieux de la jungle avec tous les insectes et animaux sauvages que vous pouvez imaginer dont le fameux cobra. Le matin des papillons somptueux aux couleurs noirs et bleu azur survolent les plantes qui entourent son habitation.
Devant son habitation se trouve un parterre dégagé en cercle autour duquel se trouve plusieurs de ses ruches situées en hauteur. Au lever du jour et au coucher du soleil ses abeilles forment un joli balai aérien. Le soir on entend les bruits de la jungle et les cris des oiseaux. La nuit est profonde et seule la lune nous éclaire ; les feuilles de bananiers se balancent au rythme du vent. L’électricité est assurée par des panneaux photovoltaïques ce qui donne un éclairage assez doux, les paroles sont douces, les rires agréables et le coucher tôt. L’eau provient d’une source d’eau stockée dans des cuves. Une pompe de relevage sur générateur de secours aide quand le débit vient à manquer.
La cuisine en journée se fait au feu de bois : Wallam se transforme d’ailleurs en chef cuistot pour ses employés quand ils reviennent du travail du caoutchouc à midi. Le soir il cuisine sur gazinière.
Quand il lui arrive de partir dans la jungle pour un rare moment de repos c’est pour aller pêcher. Nul besoin d’instruments de cuisine, une machette, du feu et du bambou sont tous les ingrédients dont il a besoin. Avant de partir il me fait d’ailleurs l’honneur de cuisiner dans du bambou. Echange de bons procédés puisque le matin je leur ai cuisiné des crêpes. Elles ont été particulièrement appréciées, surtout celles avec le miel de mélipone.
Cet endroit respire le calme et la sérénité.
Les journées sont dures. Lever à 1h00 du matin pour la récolte du caoutchouc et travail de transformation de ce dernier. Quand il n’est pas au caoutchouc Wallam gère ses ruches ou ses plantations. Il travaille tous les jours sauf le dimanche. Il est là pour épauler, accompagner, faire et montrer à ses employés les bons gestes à réaliser. Il participe à toutes les tâches. Personne ne se plaint. L’erreur est acceptée. Ils se savent dépendant des uns des autres.
Dans l’espace restreint de son habitation ; une pièce à vivre, deux chambres accueillent l’ensemble de l’équipe et la cuisine. Peu de matériels ni de vêtements, juste le strict minimum. Les gestes sont simples, efficaces, épurés. Pas de grandes discussions, chacun son rôle, chacun sa place, que ce soit pour la cuisine, le ménage, le rangement ou les tâches physiques, le tout dans un respect réciproque. Rien n’est jeté sans avoir eu plusieurs vies et avoir été utilisé jusqu’au bout. La vie de la collectivité est rythmée par le rythme du travail, de la pluie et des différentes récoltes. Les plaisirs sont simples ; écouter, regarder, pêcher, cuisiner, manger, rire, discuter, et faire un peu de musique.
A les regarder, le bonheur se résume à pas grand-chose !










































