Banshan MAJAW (Inde)
Apiculteur et Gardien de la Nature

Banshan, je l’ai rencontré grâce à Franckie Ryntathiang qui travaille pour le gouvernement Indien à Shillong au sein de la commission départementale des fermiers de l’Etat du Meghalaya (https://www.mfec.in/category/apiculture/bee-keeping/) et dont sa mission principale consiste à accompagner les apiculteurs dans leur montée en compétence et en technicité apicole et également dans la valorisation de leurs produits.
La première chose qui m’a marqué chez Banshan c’est sa gentillesse, sa sérénité et son professionnalisme que l’on retrouve dans sa gestion de ruches. Ses gestes sont lents, précis, calme. Le regarder faire est presque contemplatif, méditatif.
C’est son oncle qui l’a amené aux abeilles. Comme tous les apiculteurs de la région, il a d’abord travaillé en apiculture traditionnelle. Un bout de tissus brûlé lui servait à ce moment d’enfumoir. Les anciens me disait-il parlaient aux abeilles. Lui-même leur parle un peu. D’ailleurs il les remercie au moment de la récolte. Il les trouve très gentilles. Selon lui les abeilles sont proches des hommes quand lui-même est connecté à la nature. Elles restent car elles se sentent bien et en osmose. Il est conscient du rôle des abeilles dans la pollinisation. En tant qu’apiculteur il se définit comme gardien de la nature. Je pense qu’il est dans le vrai.
Devant les difficultés de conduite de la ruche traditionnelle et du renouvellement des essaims, du peu de rendement (4Kg par an) il s’est formé en 2014 avec RRTC (Rural Ressources Training Center https://donboscoshillong.org/umran/ ) à la conduite de ruches modernes. Il a vingt ruches – Apis Cerena – dites modernes (sur pieds, avec une hausse, huit cadres) conduites de manière conventionnelle, sans transhumance, avec renouvellement de la reine tous les deux ou trois ans à l’occasion des essaimages ou par création d’essaims artificiels. Les ruches occupent son temps à 100%, il est par ailleurs aussi formateur.
Ses ruches sont espacées de minima six mètre en raison de la territorialité de l’Apis Cerena. Afin de les protéger de la pluie il les entoure de polyesterne. Elles se nourrissent exclusivement de fleurs de forêt sauvage dont le citrus, espèce d’agrume qui s’hybride facilement et qui s’apparenterait plus à de l’orange ou citron. Ce miel est très réputé en inde. Il les nourrit seulement pendant le mois de juillet une fois par semaine en pleine saison des moussons. Les récoltes se font au moins de novembre, décembre, mars et ou avril. Sur une bonne année il récolte 10kg de miel par ruche à l’aide d’un extracteur manuel. Un cadre de hausse plein fournit approximativement 500g de miel. Certains cadres sont sur amorce d’autres non. Ses ruches ne reçoivent aucun traitement chimique ou biologique.
Des fois il rencontre des colonies plus caractérielles. Pour les rendre plus facile il passe les enfumer un peu tous les soirs (pendant une semaine). Sa manière d’enfumer est très douce. Il se sert de fibres de coco et se contente de laisser l’enfumoir au pied de la ruche.
Au-delà de sa gestion très douce, de ses mouvements calmes, posés, réfléchis, harmonieux, un des autres points de notre rencontre fut la gestion du frelon asiatique. Lors de ma rencontre avec Demingstar j’avais fait mention de la danse des abeilles face au frelon asiatique. Dans le cas présent Banshan m’a expliqué que l’Apis Cerena pour gérer le frelon asiatique l’entoure entièrement jusqu’à ce qu’il meure, par asphyxie je pense et par la hausse de la température de l’air.
A l’issue de nos échanges j’ai expliqué un peu nos pratiques apicoles en France et notamment nos difficultés avec en moyenne 30% de perte annuelle par rucher en soulignant la fragilité de l’espèce Apis Mellifera (dont l’importation a par ailleurs été catastrophique dans le Meghalaya) et sa dépendance à l’homme.
Sa conclusion fut sans appel : « tu devrais plutôt te consacrer aux abeilles indigènes ; l’abeille noire ».
























